Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

jeudi 20 octobre 2011

"Une tête d'Anglais"


Les grands peintres, dit-on, sont capables de saisir sur leurs toiles le caractère de ceux qu’ils peignent, et c’est sans doute cette croyance qui rend certains portraits si fascinants. Nous essayons de deviner, en les regardant, à quoi pouvait bien ressembler l’âme de celui dont nous contemplons l’effigie.
J’avoue avoir toujours eu du mal à me faire une idée arrêtée concernant la véracité de cette croyance. D’une part il me semble extrêmement difficile, pour dire le moins, de capter dans une image figée un objet aussi mouvant et complexe que le caractère d’un homme.
Si vous en doutez, pensez donc à la dernière photographie que vous avez vu de vous !
Mais, d’un autre côté, peut-il y avoir tant de fumée sans qu’il y ait au moins un peu de feu ? Une idée soutenue par tant de gens intelligents depuis tant de siècles peut-elle être totalement fausse ? Et si l’on faisait mon portrait, ne chercherais-je pas avant tout à savoir s’il est « ressemblant », c’est à dire s’il rend bien justice à ce que je crois être ?
A ce propos, je me souviens encore d’une remarque faite par mon père, il y a bien des années de cela, devant quelques portraits peints par Holbein. Les personnes représentées, disait-il, en hochant la tête, avaient bien « des têtes d’Anglais ». Par quoi je comprenais, confusément (j’étais très jeune alors), qu’il voulait dire qu’ils avaient l’air d’avoir avalé un parapluie. Pète-sec et hautains, en d’autres termes.


Depuis je regarde les toiles d’Holbein avec une attention particulière, chaque fois qu’il m’est donné d’en voir. Les Anglais peints par Holbein ont-ils réellement cette expression que mon père prétendait voir ? et surtout, cela révèle-t-il leur caractère individuel ou bien leur anglicité, comme mon père le sous-entendait ?


Bien évidemment les toiles ne me répondent pas. Mais au cours de mes lectures, je suis tombé sur certaines choses qui tendent à me confirmer que, sans doute, mon père avait raison.

Et par exemple celle-ci, tirée des Notes sur l’Angleterre de Montesquieu, et dont je ne me lasse pas : « Les femmes », dit Montesquieu, « y sont réservées, parce que les Anglais les voient peu ; elles s’imaginent qu’un étranger qui leur parle veut les chevaucher. « Je ne veux point, disent-elles, give to him encouragement » ». Notez bien que ce caractère de poisson froid des Anglais n’a pas que des désavantages, loin de là, et qu’il va avec certaines qualités ; mais c’est là un autre sujet.

« Mon père avait raison » : n’est-ce pas aussi à ce genre de remarque que nous nous rendons compte que les années ont passé ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire