Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

vendredi 6 janvier 2012

Des avantages et des inconvénients de l'histoire en politique



Nous ne puisons pas dans l’histoire les leçons de morale que nous pourrions en retirer. Au contraire, si l’on n’y prend garde, on peut s’en servir pour corrompre notre esprit et détruire notre bonheur. L’histoire est un grand livre ouvert pour notre instruction, c’est dans toutes les erreurs passées, c’est dans tous les maux qui ont accablé le genre humain qu’elle puise pour l’avenir les leçons de sagesse. Mais, dans un sens tout opposé, elle peut aussi servir la perversité, fournir des armes offensives et défensives aux différents partis qui se forment dans l’Eglise et dans l’Etat, leur procurer des moyens de perpétuer ou de ranimer leurs dissensions, leurs animosités, et de nourrir le feu de toutes les fureurs civiles. L’histoire, pour la plus grande partie, est composée des malheurs occasionnés dans ce monde par l’orgueil, par l’ambition, par l’avarice, par la vengeance, par la concupiscence, par la sédition, par l’hypocrisie, par un zèle inconsidéré, et par toute la suite des passions désordonnées, qui ébranlent le public par les mêmes

« tempêtes furieuses qui agitent l’état privé, et ôtent à la vie sa douceur. »

Ces vices sont les véritables causes de ces tempêtes. La religion, la morale, les lois, les prérogatives, les privilèges, les libertés, les droits de l’homme, en sont les prétextes. Les prétextes sont toujours présentés sous l’apparence spécieuse d’un bien réel. Voudriez-vous mettre les hommes à l’abri de la tyrannie et de la sédition en arrachant de l’esprit tous les principes auxquels ces prétextes frauduleux s’adressent ? Si vous le faisiez, vous arracheriez tout ce qui a quelque valeur dans les sentiments humains. Comme ce sont là toutes les choses qui servent de prétexte, de même aussi les acteurs ordinaires et les instruments dans ces grandes calamités publiques sont des rois, des prêtres, des magistrats, des sénats, des parlements, des assemblées nationales, des juges, des chefs militaires. Ce ne serait pas remédier au mal que de décider qu’il n’y aurait plus de monarque, plus de ministres d’Etat, ni de ministre des Evangiles, plus d’interprètes des lois, ni d’officiers généraux, plus de conseils publics. Vous pourriez changer les noms. Mais les choses doivent demeurer, sous une forme ou sous une autre.
Un certain quantum de pouvoir doit toujours exister dans la communauté, dans certaines mains et sous une dénomination quelconque. Les hommes sages appliqueront leurs remèdes aux vices, et non pas au nom des choses ; aux causes du mal qui sont permanentes, et non pas aux organes occasionnels par lesquels elles opèrent et aux formes fugitives sous lesquelles elles apparaissent. Sans quoi vous serez historiquement sage, et insensé dans la pratique.
Il est rare de trouver dans deux siècles qui se suivent le même caractère dans les prétextes et les mêmes formes dans les méfaits. La méchanceté est un peu plus inventive que cela. Etes-vous à discuter sur sa forme ? cette forme a déjà changé. Le même vice investit un nouveau corps. L’esprit se réincarne et, loin de perdre son activité par ces métamorphoses perpétuelles, il se renouvelle et acquiert des forces plus redoutables. Tandis que vous attachez son cadavre au gibet, ou que vous détruisez son tombeau, il continue ses ravages et n’est plus là où vous croyez le trouver. Vous vous faites peur avec des fantômes et des apparitions, tandis que votre maison est le repaire de voleurs. C’est là ce qui arrive à tous ceux qui, ne pénétrant jamais plus avant que l’écorce et l’enveloppe extérieure de l’histoire, s’imaginent déclarer la guerre à l’intolérance, à l’orgueil et à la cruauté tandis que, sous le prétexte d’abhorrer les principes dangereux des anciennes factions, ils autorisent et nourrissent les mêmes vices odieux dans des factions différentes, et peut-être dans de pires encore.


Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution en France

5 commentaires:

  1. Que voilà un texte qui est d'actualité !

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  2. N'est-ce pas?
    Ce sont les échanges récents chez Didier Goux au sujet de l'histoire qui m'ont fait repenser à ce passage de Burke.

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  3. Je pensais à cette citation de de Robert Brasillach


    L'histoire est écrite par les vainqueurs.
    Les Frères ennemis (1967)

    Finalement, je trouve qu'elle ne convient plus, par contre on pourrait la transformer.

    " L'histoire est écrite pas les opportunistes", cela me semble plus d' actualité.

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  4. Pour tout vous dire Grandpas, je n'aime guère cette citation de Brasillach.
    Tout d'abord la trouve trop évidemment intéressée dans la bouche de Brasillach.
    Ensuite elle est fausse. L'histoire peut très bien être écrite par les vaincus. Pensez par exemple à l'histoire de Rome, qui a été très largement écrite par des Grecs (Polybe, Denys d'Hallicarnasse, Plutarque, etc.) c'est à dire par des vaincus.
    Plus généralement il n'est pas rare que ceux qui sont vaincus sur le terrain militaire finissent par l'emporter sur le terrain des idées.

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  5. Vous avez certainement raison mais après la seconde guerre mondiale, il fut très difficile de trouver des livres en français décrivant ce conflit vu par les combattants des forces de l' Axe.

    L'ouvrage de Ernst Udet"Pilote de stuka" est difficilement disponible même en occasion, j'ai attendu plusieurs années avant de pouvoir m'en procuré un.Pourtant, il est préfacé par Pierre Closterman.

    Il est encore plus difficile pour les français qui ont choisi le camp des vaincus mais on peux en trouver comme " Le soldat oublié" de Guy Sajer qui perdit son emploi de dessinateur chez Fluide Glacial, le "Rêveur casqué" de Christian Lamazière.

    Tous ces ouvrages sont peu connus, pourtant ils parlent de la vision de l'ennemi.

    Quant au fait que certains vaincus militairement l'emportent sur le terrains des idées; il est nouveau de part l'arrivée de la propagande qui permet à certains acteurs d'un conflit de s'appuyer sur images chocs pour sensibiliser les personnes restant à l' arrière (le Vietnam, Israël vs Gaza).

    Quant aux grecs s'ils ont évoqué leur défaite face aux légions romaines, la raison pourrait être que ces derniers n'ont jamais compris la défaite de Cynoscephalae de leurs imbattables phalanges face aux légions romaines du général Titus Quinctius Flamininus.

    Mias ce n'est que l'humble avis d'un monsieur qui n' a jamais lu aucun classique, peut être un jour quand je serais très vieux.

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