Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

dimanche 15 janvier 2012

"O that she were an open-arse..."



BENVOLIO. Romeo! my cousin Romeo!
MERCUTIO. He is wise;                
And, on my life, hath stol'n him home to bed.
BENVOLIO. He ran this way, and leap'd this orchard wall:
Call, good Mercutio.
MERCUTIO. Nay, I'll conjure too.
Romeo! humours! madman! passion! lover!
Appear thou in the likeness of a sigh:
Speak but one rhyme, and I am satisfied;
Cry but 'Ay me!' pronounce but 'love' and 'dove;'
Speak to my gossip Venus one fair word,
One nick-name for her purblind son and heir,
Young Adam Cupid, he that shot so trim,
When King Cophetua loved the beggar-maid!
He heareth not, he stirreth not, he moveth not;
The ape is dead, and I must conjure him.
I conjure thee by Rosaline's bright eyes,
By her high forehead and her scarlet lip,
By her fine foot, straight leg and quivering thigh
And the demesnes that there adjacent lie,
That in thy likeness thou appear to us!
BENVOLIO. And if he hear thee, thou wilt anger him.
MERCUTIO. This cannot anger him: 'twould anger him
To raise a spirit in his mistress' circle
Of some strange nature, letting it there stand
Till she had laid it and conjured it down;
That were some spite: my invocation
Is fair and honest, and in his mistress' name
I conjure only but to raise up him.
BENVOLIO. Come, he hath hid himself among these trees,
To be consorted with the humorous night:
Blind is his love and best befits the dark.
MERCUTIO. If love be blind, love cannot hit the mark.
Now will he sit under a medlar tree,
And wish his mistress were that kind of fruit
As maids call medlars, when they laugh alone.
O Romeo, that she were, O, that she were
An open-arse, and thou a poperin pear!
Romeo, good night: I'll to my truckle-bed;
This field-bed is too cold for me to sleep:
Come, shall we go?
BENVOLIO. Go, then; for 'tis in vain
To seek him here that means not to be found.

BENVOLIO. Roméo ! mon cousin, Roméo !
MERCUTIO. Il est sage et, sur ma vie, il a filé au lit.
BENVOLIO. Il est parti par là et a sauté le mur du verger. Appelle, Mercutio !
MERCUTIO. Mieux, je vais l’invoquer.
Roméo ! fantaisies ! toqué ! passion ! amant !
Prends l’aspect d’un soupir et manifeste toi.
Parle ! Rien qu’un distique et je serais content.
Sanglote un « hélas ! ». Fais rimer « belle » avec « tourterelle ».
Allons, un mot flatteur pour commère Vénus,
Un petit nom pour Cupidon, son fils et héritier,
Ce jeune Adam bigleux, mais qui mit dans le mille
Quant le roi Cophétue s’éprit d’une pauvresse !
Il n’entend point, ne bouge point, ne remue point.
Le singe savant fait le mort, et je dois l’invoquer.
Eh bien, par l’oeil vif de Rosaline,
Par son grand front et ses lèvres écarlates
Par son pied menu, sa jambe svelte, ses deux cuisses frémissantes
Et par le contigu, le domaine qui les jouxte,
Je t’adjure de te montrer tel que tu es.
BENVOLIO. S’il t’entend, il va se mettre en colère.
MERCUTIO. Cela ne saurait le mettre en colère. Si dans l’anneau mystique
De sa chère maîtresse je faisais se dresser
Un esprit d’étrange nature, le laissant là, bien raide,
Jusqu’à ce qu’elle l’ait apaisé et rabattu,
Il aurait lieu de se fâcher. Mon invocation
Est décente et honnête. Au nom de sa maîtresse,
Celui que je veux faire se dresser, c’est lui.
BENVOLIO. Allons-nous-en. Il s’est caché parmi ces arbres
Pour marier ses humeurs aux humeurs de la nuit.
Aveugle est son amour : peu lui chaut la clarté.
MERCUTIO. Si l’amour est aveugle, il va mettre à côté.
Il lui reste à se poster sous un néflier
Imaginant que sa maîtresse est nèfle molle,
Ce fruit qui tant amuse en secret les pucelles.
Ah, Roméo, que n’est-elle... ! Ah, que n’est-elle
Une nèfle entrouverte, et toi une longue poire !
Bonne nuit Roméo. Moi je décampe : au lit !
Ce lit de campagne est trop froid à mon gré.
Alors, nous y allons ?
BENVOLIO. Allons-y, il est vain
D’espérer débusquer qui veut rester caché.

Roméo et Juliette, Acte II scène 1.

« On oublie facilement combien les deux premiers actes de Roméo et Juliette sont obscènes. Les deux jeunes gens sont entourés de personnages qui parlent du sexe très explicitement et de la manière la moins romantique qui soit.
(...)
L’obscénité est le moins âpre des principes comiques, et elle n’est pas absolument inutile si l’homme a besoin de prendre quelque distance critique à l’égard des mythes familiaux comme des désirs érotiques qui sont la source de la famille. L’obscénité est assurément une chose basse, mais ce ne sont pas toujours les personnages les plus vils ou les moins intéressants qui sont obscènes dans Shakespeare, comme il est manifeste par l’exemple de Falstaff.
(...)
A coup sûr l’obscénité va à l’encontre de la dimension morale de l’amour qui comporte fidélité, confiance, réciprocité et permanence de l’attachement. Mais elle ne conduit pas à conclure qu’il n’y a pas d’attachement érotique naturel. Simplement elle rend plus ambigüe, et par là-même elle nous aide à approfondir, toute cette expérience de l’attirance érotique. Dans le registre de l’amour comme dans celui de l’obscénité, Shakespeare est toujours érotique, ce que ne sont ni notre froide obscénité ni notre science de la sexualité. »

Allan Bloom, L’amour et l’amitié.

15 commentaires:

  1. Merci Aristide,

    Je viens de me souvenir pourquoi la littérature classique me fut si insupportable, c'est ennuyant mais il est vrai que je suis un béotien dans ce genre de lecture.

    J'ai regardé avec gourmandise ce livre " Leçons de choses [Broché],Louis Albert de Broglie "; un retour dans le passé quand l'Enseignement Public faisait encore son travail.

    Bonne journée.

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  2. Bonne journée à vous aussi Grandpas.
    Mais rassurez moi, vous ne voulez pas dire que Shakespeare vous est insupportable?
    Shakespeare c'est le patron, le boss, le maître, celui qui a su donner voix à toutes les possibilités de l'âme humaine. Même Tintin ne lui arrive pas à la cheville, c'est dire.
    C'est même probablement l'un des seuls écrivain très ancien (plus de quatre siècles tout de même) qui soit encore largement lu et apprécié, non seulement en Occident mais un peu partout dans le monde.
    Comme Tintin ou Astérix. Mais en mieux.

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  3. Cher Aristide,

    Au risque de vous paraître insupportable, ce vieil anglais certes au talent immense m'ennuie au même titre que les autres auteurs classiques.Mais je ne suis pas un littéraire, ceci explique certainement cela.

    Tintin n'est pas une oeuvre littéraire mais un saga en Bande Dessinée, cette dernière, la BD pouvant être considérée comme un art à part entière, quitte à faire hurler certains critiques d'art.

    Je ne suis pas un passionné d' Astérix surtout pour les derniers albums surtout depuis le décès de Goscinny , reléguant les histoires au niveau d'aventures pour petits enfants.

    Je suis plus admirateur de l'oeuvre d' Hugo Pratt, notamment Corto Maltese mais il y d'autres album comme Jesuit Joe, etc....

    Par contre, je suis très content que ma fille aînée soit une passionnée de genre de lecture et ce qui est drôle, c'est en lisant mes BD qu'elle s'est mis à la lecture et tourné et vers la littérature classique.

    Comme quoi, c'est un juste retournement des choses.

    Bonne journée.

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  4. Oh, vous êtes tout excusé, même si je considère sincèrement que ne pas être sensible à Shakespeare est une vraie malchance. Mais bon, ni vous ni moi n'y pouvons rien.
    Pour ce qui concerne Astérix je suis entièrement d'accord sur le fait que la série a perdu tout intérêt après la mort de Goscinny. Mais du temps de Goscinny il y a vraiment eu des albums excellents. Personnellement je ne me lasse pas de "Astérix chez les Bretons". Eh, oui, toujours les Bretons...

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  5. "Beware the Ides of March !" (Julius Caesar)
    Nous, ça serait plutôt les Ides de Mai …
    Shakespeare-Molière-Racine-Corneille-Hugo au panthéon des poètes.
    Nous, on a des "amuseurs", Dany Boon et Steph Guillon.
    Rien à redire, chaque époque a ce qu'elle mérite.

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  6. Oh, ne soyons pas trop sévère avec nous même. Je suis sûr que du temps du grand Will il y avait l'équivalent des stéphane Guillon. Et qui sait si un nouveau Shakespeare n'est pas en train d'écrire son oeuvre quelque part sans que nous le sachions?
    Il faut garder confiance dans les possibilités de la nature humaine, même si je reconnais bien volontiers que certains lieux et certaines époques sont plus favorables que d'autre à l'apparition de l'excellence.

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  7. Bonjour Aristide,

    "Astérix chez les bretons", excellent choix, la scène du match de Rugby, un moment d'anthologie a voir et à revoir.

    J'apprécie aussi "Astérix chez les Belges" et évidemment "Astérix chez les Corses", là je suis mort de rire, tous les stéréotypes des corses y sont.

    Avez vous lu "Blake et Mortimer", là aussi eux conçus par Edgar P. Jacobs, les suivants sont de Bob de Moor, puis Jean Van Hamme qui respecte la trame de Jacobs mais éviter ceux qui sont après 'L'affaire Francis Blake"; ils sont beaucoup intéressants.

    Affaire de goût comme pour Shakespeare.

    Bonne journée.

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  8. Ocatarinetabellatchitchix est un grand chef guerrier.
    Avec un nom pareil, on s'en doutait ^^

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  9. Astérix en Corse, très bon aussi. Mais franchement, en la matière je crois que la meilleure BD sur la Corse est "L'enquête corse", de Pétillon. Inénarrable!

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  10. Bonjour Aristide,

    De Pétillon, j' ai lu " L'affaire du voile" et surtout le "le Baron noir"; mais pourquoi pas "L'enquête corse".

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  11. Pétillon n'est pas un grand dessinateur à mon sens, à la différence par exemple d'Uderzo, mais les dialogues de cet album sont excellents.

    "Je propose de dire que nous condamnons la violence mais pas les auteurs."
    "Ah! J'aime beaucoup!"

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  12. Bonsoir Aristide

    Même si le graphisme de Pétillon n'est pas des plus élégants mais il est suffisamment accrochant pour attirer l' oeil du lecteur.Ensuite on peut se laisser prendre par les dialogues des différents personnages.

    Si je prends les albums de Bretecher malgré peut être la profondeur des écrits dans les bulles, son dessin ne me permit jamais de lire un seul de ses livres.

    Par contre le génie des alpages de F'murr retient toute mon attention.Croyez moi dans le genre déglingué,on peut toujours mieux faire mais déjà là; il y a du grain à moudre.

    Voilà, et encore merci de répondre à mes digressions, juste une petite dernière: c'est un européen plus exactement un estonien (Baruto) qui a remporté le Hatsu Basho de Janvier 2012 au Ryogoku Kokugikan à Tokyo.

    Bonne soirée.

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  13. Mais comment sommes-nous passés de Shakespeare à Pétillon ?

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  14. Les romans de Shakespeare dessinés pas Pétillon, en voilà une idée qu'elle bonne.

    Apres tout, il existe bien ceci: Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline et Jacques Tardi, certes il s'agit plus d'une illustration que de BD véritable mais pourquoi pas.

    http://www.amazon.fr/Voyage-bout-nuit-Louis-Ferdinand-C%C3%A9line/dp/2754800921/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1327309408&sr

    Le cinéma s'en est bien emparé et pas toujours de la plus belle des façons.

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