Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

jeudi 26 avril 2012

La face cachée du soleil




Il semble entendu que Louis XIV fut un grand roi, peut-être même le plus grand de nos rois.
La France devenu le plus puissant royaume d’Europe, l’autorité royale enfin incontestée après tant de troubles et de guerres civiles, les arts florissants, Versailles...
Je comprends bien tout cela, et cependant je ne parviens pas à me ranger à ce jugement, car il me semble que la vraie grandeur d’un roi ne saurait être séparée de la bonté de son gouvernement. Or que dire du gouvernement de Louis XIV ? Les arts y furent certes portés à un très haut degré de perfection, en partie grâce aux encouragements que leur prodigua le roi. Mais enfin, une fois attribué au monarque la part qui lui est due, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas l’auteur de ces œuvres d’exception. Ce n’est point lui le génie, c’est Racine, c’est Molière, c’est Le brun, c’est Le nôtre, et tant d’autres encore. Peut-être, après tout, Louis XIV a-t-il simplement eu la chance d’être le contemporain de tant d’excellents esprits.
Et pour le reste... la guerre incessante, l’Europe liguée contre la France, la ruine de l’Etat, la misère terrible du peuple, la révocation de l’Edit de Nantes, le despotisme administratif grandissant...
Non, décidément, je ne peux me décider à voir en Louis XIV un grand roi. Un roi autoritaire, absolu, puissant, oui, mais grand, certainement pas.
Et je ne peux pas m’empêcher non plus de voir dans l’admiration qui lui est voué une manifestation de ce défaut bien français, qui consiste à préférer donner au monde des leçons plutôt que des exemples.

***

« Près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité. Des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l’aumône à celle-là. » (Vauban)

*

Il avait dans leur perfection toutes les vertus médiocres et le commencement de toutes les grandes...; trop peu d’esprit pour un grand homme... ; grand avec ses courtisans et les étrangers, petit avec ses ministres.

Louis ne travaillait qu’à réveiller contre lui la jalousie de l’Europe. Il semblait avoir formé le projet de l’inquiéter plutôt que de la conquérir. Le génie d’un grand politique cherche à établir la puissance avant de la faire sentir ; le génie de Louis était de la faire sentir avant de l’avoir établie.

Il avait une ambition si fausse qu’il se ruinait à prendre des places qu’il savait qu’il serait obligé de rendre ; il ambitionnait un certain genre d’héroïsme dont les histoires ne nous ont pas encore donné d’exemples. (Montesquieu)

*

La révocation de l’édit de Nantes, sans le moindre prétexte et sans aucun besoin, et les diverses proscriptions plutôt que déclarations qui la suivirent, furent les fruits de ce complot affreux qui dépeupla un quart du royaume, qui ruina son commerce, qui l’affaiblit dans toutes ses parties, qui le mit si longtemps au pillage public et avoué des dragons, qui autorisa les tourments et les supplices dans lesquels ils firent réellement mourir tant d’innocents de tout sexe par milliers, qui ruina un peuple si nombreux, qui déchira un monde de familles, qui arma les parents contre les parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim, qui fit passer nos manufactures aux étrangers, fit fleurir et regorger leurs Etats aux dépens du nôtre et leur fit bâtir de nouvelles villes, qui leur donna le spectacle d’un si prodigieux peuple proscrit, nu, fugitif, errant sans crime, cherchant asile loin de sa patrie. Qui mit nobles, riches, vieillards, gens souvent très estimés pour leur piété, leur savoir, leur vertu, des gens aisés, faibles, délicats, à la rame et sous le nerf très effectif du comite pour cause unique de religion. Enfin qui, pour comble toutes horreurs, remplit toutes les provinces du Royaume de parjures et de sacrilèges, où tout retentissait d’hurlements de ces infortunés victimes de l’erreur, pendant que tant d’autres sacrifiaient leurs consciences à leurs biens et à leur repos, et achetaient l’un et l’autre par des abjurations simulées, d’où sans intervalle on les traînait à adorer ce qu’ils ne croyaient point, et à recevoir réellement le divin Corps du Saint des saints, tandis qu’ils demeuraient persuadés qu’ils ne mangeaient que du pain, qu’ils devaient encore abhorrer. Telle fut l’abomination générale enfantée par la flatterie et la cruauté. (Saint-Simon)

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Petty and mediocre in all except his lusts and power, the Sun King disturbed and harried mankind during more than fifty years of arrogant pomp. (Churchill)

7 commentaires:

  1. Aristide,

    Vous allez vous faire tirer les oreilles en pointe par certains royalistes surtout les légitimistes.

    Votre billet excellent au demeurant(comme d' hab) m' a fait penser à l' affaire Calas, d' où fut tirée un téléfilm dans la "Caméra explore le temps"; je suis allé au théâtre voir une comédienne l'interpréter seule sur scène.

    http://www.billetreduc.com/56319/evt.htm.

    J'avoue à ma grande honte m' être endormie à la moitié mais c'est une habitude chez moi de m' assoupir dans les théâtres. méa culpa, méa maxima culpa.

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    1. Oh, me faire tirer les oreilles.. il passe peu de monde ici, c'est un grenier. Et puis c'est sans prétention. Je ne fais guère qu'entasser ici des bribes de réflexion que je n'ai pas le loisir ou le goût de développer.

      Si la pièce est mauvaise et le fauteuil confortable, il n'y a pas de honte à dormir au théâtre.

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    2. Quelque soit la pièce de théâtre ou l'endroit, je m' endors facilement même si le sujet comme une piece sur les poèmes de François Villon et quand je dis dormir, je devrais pour exact écrire ronfler bruyamment.

      Si, un retour d'un roi se faisait sentir, je voudrais une copie de la Magna-Carta, cela éviterait les erreurs de l' absolutisme.

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  2. Avec l'absolutisme, la monarchie française a creusé sa propre tombe. Vous n'évoquez pas les jansénistes mais ils ont été persécutés par le roi soleil, qui a ordonné la destruction de l'abbaye de Port-Royal. Même les tombes des religieuses enterrées dans l'église ont été exhumées afin qu'il ne subsiste plus rien de cette communauté. On pense au saccage des dépouilles royales à Saint-Denis lors de la révolution française, juste retour de bâton. D'ailleurs, beaucoup de jansénistes ont participé à la révolution, comme le rappelle un numéro du magazine L'Histoire ce mois-ci.

    Le costume de Louis XIV était trop grand pour ses successeurs, ils n'ont pas su adapter la monarchie à la modernité.

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    1. Oui, sans doute. C'est, entre autres, la thèse de Tocqueville dans l'Ancien Régime et la Révolution.
      Et vous avez bien sûr raison de rappeler l'épisode de Port-Royal.

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  3. Sur Louis XIV?

    En 1664, Louis XIV, soucieux de marquer le début de son règne par une action d'éclat, envoya la totalité de sa marine et ses meilleurs régiments sur les côtes d'Algérie afin d'y implanter une base française. Quand les Français s'emparent du petit port kabyle de Gigeri, ils s'attendent à être reçus en libérateurs du joug turc ; or ils se heurtent à de redoutables guerriers berbères.

    Episode oublié de l'histoire.

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  4. Loin de moi l'idée de minimiser les funestes conséquences de la révocation de l'Edit de Nantes (d'autant plus que mon épouse est huguenote!), mais je vous propose une petite comparaison fort instructive: la fourchette d'estimation de l'émigration consécutive à cette révocation est très large, mais les chiffres les plus plausibles sont de l'ordre de 200 000, soit 1% de la population française de l'époque. Le nombre de Français ayant fui l'augmentation de la pression fiscale depuis une trentaine d'années est compris entre 2 millions et 2 millions et demi, soit, rapporté à la population française, environ 4 fois plus! A méditer...

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