Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

dimanche 28 octobre 2012

Azincourt, morne plaine





Le 25 Octobre 1415, jour de la Saint Crépin - à peu de choses près, il y a donc tout juste 597 ans - eut lieu la bataille d’Azincourt - sans doute une des plus fameuses défaites de la chevalerie française, qui faillit bien donner les clefs du royaume de France au roi d’Angleterre.
Que se serait-il passé si Henry V, désigné héritier du trône de France au traité de Troyes (1420), n’était pas mort juste deux mois, deux tout petits mois avant Charles VI ?
Jeanne d’Arc serait-elle resté paisiblement le reste de son âge à filer sa quenouille ? L’histoire de France se serait-elle arrêtée prématurément pour se confondre avec celle de l’Angleterre ? Y aurions-nous perdu au change ? Bien des questions sans réponses...
Ce qui n’est pas sans réponse, en revanche, c’est le pourquoi de cette défaite si française.
Voici comment Michelet décrit le début de la bataille.


« Les Anglais, ayant encore une nuit à eux, l’employèrent utilement à se préparer, à soigner l’âme et le corps, autant qu’il se pouvait. D’abord ils roulèrent leurs bannières, de peur de la pluie, mirent bas et plièrent les belles cottes d’armes qu’ils avaient endossés pour combattre. Puis, afin de passer confortablement cette froide nuit d’octobre, ils ouvrirent leurs malles et mirent sous eux de la paille qu’ils envoyaient chercher aux villages voisins. Les hommes d’armes remettaient des aiguillettes à leurs armures, les archers des cordes neuves aux arcs. Ils avaient depuis plusieurs jours taillé, aiguisé les pieux qu’ils plantaient ordinairement devant eux pour arrêter la gendarmerie. Tout en préparant la victoire, ces braves gens songeaient à leur salut ; ils se mettaient en règle du côté de Dieu et de la conscience. Ils se confessaient à la hâte, ceux du moins que les prêtres pouvaient expédier. Tout cela se faisait sans bruit, tout bas. Le roi avait ordonné le silence, sous peine, pour les gentlemen, de perdre leur cheval, et pour les autres l’oreille droite.
Du côté des Français, c’était autre chose. On s’occupait à faire des chevaliers. Partout de grands feux qui montraient tout à l’ennemi ; un bruit confus de gens qui criaient, s’appelaient, un vacarme de valets et de pages. Beaucoup de gentilshommes passèrent la nuit dans leurs lourdes armures, à cheval ; sans doute pour ne pas les salir dans la boue ; boue profonde, pluie froide ; ils étaient morfondus. Encore, s’il y avait eu de la musique... Les chevaux même étaient tristes ; pas un ne hennissait... A ce fâcheux augure, joignez les souvenirs ; Azincourt n’est pas loin de Créci.
(...)
Les deux armées faisaient un étrange contraste. Du côté des Français, trois escadrons énormes, comme trois forêts de lances, qui, dans cette plaine étroite, se succédaient à la file et s’étiraient en profondeur ; au front, le connétable, les princes, les ducs d’Orléans, de Bar, d’Alençon, les comtes de Nevers, d’Eu, de Richemont, de Vendôme, une foule de seigneurs, une iris éblouissante d’armures émaillées, d’écussons, de bannières, les chevaux bizarrement déguisés dans l’acier et dans l’or. Les Français avaient aussi des archers, des gens des communes ; mais où les mettre ? Les places étaient comptées, personne n’eut donné la sienne ; ces gens auraient fait tache en si noble assemblée. Il y avait des canons, mais il ne parait pas qu’on s’en soit servi ; probablement il n’y eut pas non plus de place pour eux.
L’armée anglaise n’était pas belle. Les archers n’avaient pas d’armure, souvent pas de souliers ; ils étaient pauvrement coiffés de cuir bouilli, d’osier même avec une croisure de fer ; les cognées et les haches, pendues à leur ceinture, leur donnaient un air de charpentiers. Plusieurs de ces bons ouvriers avaient baissé leurs chausses, pour être à l’aise et bien travailler, pour bander l’arc d’abord, puis pour manier la hache, quand ils pourraient sortir de leur enceinte de pieux, et charpenter ces masses immobiles.
Un fait bizarre, incroyable, et pourtant certain, c’est qu’en effet l’armée française ne put bouger, ni pour combattre, ni pour fuir. L’arrière-garde seule s’échappa.
Au moment décisif, lorsque le vieux Thomas de Herpinghem, ayant rangé l’armée anglaise, jeta son bâton en l’air en disant « Now strike ! », lorsque les Anglais eurent répondu par un formidable cri de dix milles hommes, l’armée française resta encore immobile à leur grand étonnement. Chevaux et chevaliers, tous parurent enchantés, ou morts dans leurs armures. Dans la réalité, c’est que ces grands chevaux de combat, sous la charge de leur pesant cavalier, de leur vaste caparaçon de fer, s’étaient profondément enfoncés des quatre pieds dans les terres fortes ; ils y étaient parfaitement établis, et ils ne s’en dépêtrèrent que pour avancer quelque peu au pas.
Tel est l’aveu des historiens du parti anglais, aveu modeste qui fait honneur à leur probité.
Lefebvre, Jean de Vaurin et Walsingham disent expressément que le champ n’était qu’une boue visqueuse. « La place estoit molle et effondrée des chevaux, en telle manière que à grant peine se pouvoient ravoir hors de la terre, tant elle estoit molle. »
« D’autre part, dit encore Lefebvre, les François estoient si chargés de harnois qu’ils ne pouvoient aller avant. Premièrement, estoient chargés de cottes d’acier, longues, passants les genoux et moult pesantes ; et pardessous harnois de jambes, et pardessus blancs harnois, et de plus bachinets de caruail... Ils étoient si pressés l’un de l’autre, qu’ils ne pouvaient lever leurs bras pour férir les ennemis, sinon qui estoient au front. »
Un autre historien du parti anglais nous apprend que les Français étaient rangés sur une profondeur de trente-deux hommes, tandis que les Anglais n’avaient que quatre rangs. Cette profondeur énorme des Français ne leur servait à rien ; leurs trente-deux rangs étaient tous, ou presque tous, de cavaliers ; la plupart, loin de pouvoir agir, ne voyaient même pas l’action ; les Anglais agirent tous. Des cinquante mille Français, deux ou trois mille seulement purent combattre les onze mille Anglais, ou du moins l’auraient pu, si leurs chevaux s’étaient tirés de la boue. »

8 commentaires:

  1. Au moins cette élite-là (la française) paya chèrement ses erreurs.

    Dans le massacre à venir, ça m'étonnerait qu'on trouvent notre élite en première ligne...

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    1. A moins qu'on ne les oblige à marcher en tête...

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  2. Les histoires de batailles, c'est comme les journaux de voitures ou les émissions de sport...j'évite en général ces "trucs pour garçons".
    Donc, voilà encore quelque chose que je n'aurais pas lu si ça n'avait pas été signé Aristide !
    Et ça m'a plu !!! :)

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    1. C'est gentil Dixie, mais ce n'est pas signé Aristide, c'est signé Michelet. Et il écrit quand même pas mal.

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    2. Mais je n'y serais pas allée, sur le blog de Michelet^^
      A tort certes. ;)

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    3. "Les histoires de batailles, c'est comme les journaux de voitures ou les émissions de sport...j'évite en général ces "trucs pour garçons"."

      Et moi qui ne parle que de ça ! Cruelle, vous me brisez le coeur !

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  3. La charge de cavalerie est une traditions française qui nous a coûté bien des défaites la dernière en date, la bataille d' Abbeville ou De Gaulle s'illustra de la plus mauvaise des façons.

    A Azincourt, on peut ajouter Crécy,Courtrai la bataille des éperons d'or, la chevalerie française a toujours été pour la beauté du geste, tel le mot de François 1er "Tout est perdu,for l'honneur", même à Marignan c se furent plutôt les estradiots (cavaliers légers) originaires de Grèce ou d'Albanie qui contribuèrent à la victoire même si les gendarmes français( ce n'était pas les ancêtres de notre gendarmerie mais une cavalerie très lourde) taillèrent des sillons sanglants dans les l'infanterie suisse après un intense bombardement de l’artillerie de campagne française, une des plus efficace à cette époque.

    Azincourt fut une défaite de plus dut au fait que les chevaliers français considéraient les batailles comme de grands tournois pour y prouver leur bravoure.

    L' héritage des chansons de geste mais pour cela il faudrait l'avis de Mat.

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  4. "Tout est perdu,for l'honneur"

    Justement, on pourrait ajouter Pavie à cette liste. Une bataille gagnée jusqu'à ce que François 1er, le roi chevalier, décide de charger à la tête de sa cavalerie.
    Et effectivement, Azincourt est la défaite d'une armée féodale, indisciplinée, dont les membres cherchent avant tout à se distinguer.
    Charles VII saura en tirer les leçons mais il est frappant de voir à quel point l'amour du panache nous aura coûté cher dans notre histoire.

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