Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

samedi 20 octobre 2012

Héliogabale




En juin 218 après Jésus-Christ, le jeune Varius Avitus Bassianus devint empereur de Rome, c’est-à-dire à peu près le maître absolu de l’ensemble du monde civilisé. Parce qu’il avait été - à treize ans - grand-prêtre du dieu Héliogabale, Varius choisit bientôt d’accoler le nom de cette divinité à son propre nom, et c’est sous ce nom d’emprunt - Héliogabale - que le vingt cinquième empereur de Rome passa à la postérité.
Son règne fut de courte duré, à peine quatre ans et, comme tant d’autres, Héliogabale finit assassiné par les prétoriens. Ces quatre années suffirent toutefois à Héliogabale pour se distinguer et se forger une réputation qui est parvenue jusqu’à nous.
Vous comprendrez sans peine pourquoi en lisant la description que donne de son règne Edward Gibbon (The History of the Decline and Fall of the Roman Empire). Comme souvent chez Gibbon, les points les plus intéressants ou les plus amusants se trouvent dans les notes de bas de page. J’ai donc incorporé ces notes au texte, entre parenthèses et en italique.

« L’homme sensuel qui n’est point sourd à la voix de la raison, respecte dans ses plaisirs les bornes que la nature elle-même a prescrites : la volupté lui parait mille fois plus séduisante, lorsque embellie par le charme de la société et par des liaisons aimables, elle vient encore se peindre à ses yeux sous les traits adoucis du goût et de l’imagination. Mais Héliogabale (je parle de l’empereur de ce nom), corrompu par les prospérités, par les passions de la jeunesse et par l’éducation de son pays, se livra, sans aucune retenue, aux excès les plus honteux. Bientôt le dégoût et la satiété empoisonnèrent ses plaisirs. L’art et les illusions les plus fortes qu’il puisse enfanter, furent appelés au secours de ce prince. Les vins les plus exquis, les mets les plus recherchés réveillaient ses sens assoupis ; tandis que les femmes s’efforçaient, par leur lubricité, de ranimer ses désirs languissants. Des raffinements sans cesse variés étaient l’objet d’une étude particulière. De nouvelles expressions et de nouvelles découvertes dans cette espèce de science, la seule qui fut cultivée et encouragée par le monarque (La découverte d’un met nouveau était magnifiquement récompensée ; mais s’il ne plaisait pas, l’inventeur était condamné à ne manger que de son plat, jusqu’à ce qu’il en eût imaginé un autre qui flattât davantage le goût de l’empereur), signalèrent son règne et le couvrirent d’opprobre aux yeux de la postérité. Le caprice et la prodigalité tenaient lieu de goût et d’élégance ; et lorsque Héliogabale répandait avec profusion les trésors de l’Etat pour satisfaire à ses folles dépenses, ses propres discours, répétés par ses flatteurs, élevaient jusqu’aux cieux la grandeur d’âme et la magnificence d’un prince qui surpassait avec tant d’éclat ses timides prédécesseurs.
Il se plaisait principalement à confondre l’ordre des saisons et des climats (Il ne mangeait jamais de poisson que lorsqu’il se trouvait à une grande distance de la mer : alors il en distribuait aux paysans une immense quantité des plus rares espèces, dont le transport coûtait des frais énormes), à se jouer des sentiments et des préjugés de son peuple, et à fouler aux pieds toutes les lois de la nature et de la décence. Il épousa une vestale, qu’il avait arraché par force du sanctuaire. Le nombre de ses femmes, qui se succédaient rapidement, et la foule concubines dont il était entouré, ne pouvaient satisfaire l’impuissance de ses passions. Le maître du monde et des Romains affectait par choix le costume et les habitudes des femmes. Préférant la quenouille au sceptre ; il déshonorait les principales dignités de l’Etat en les distribuant à ses nombreux amants : l’un d’eux fut même revêtu publiquement du titre et de l’autorité de mari de l’impératrice, pour nous servir des expressions de l’infâme Héliogabale (Ce fut Hiéroclès qui eut cet honneur ; mais il aurait été supplanté par un certain Zoticus, s’il n’eût pas trouvé le moyen d’affaiblir son rival par une potion. Celui-ci fut chassé honteusement du palais, lorsqu’on trouva que sa force ne répondait pas à sa réputation. Un danseur fut nommé préfet de la cité, un cocher préfet de la garde, un barbier préfet des provisions. Ces trois ministres et plusieurs autres officiers inférieurs étaient recommandables « enormitate membrorum »). »

1 commentaire:

  1. "La civilisation et ses raffinements nécessaires représentent toujours la décadence pour le peuple qui est toujours, tant qu'il est peuple, incivilisé et grossier." (R.de Gourmont, cité par Turcan dans Héliogabale et le sacre du soleil.

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