Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

lundi 17 décembre 2012

Evil is of old date




 « L’étude de l’histoire économique de la France nous révèle une autre circonstance encore comme ayant servi d’obstacle au développement de l’esprit capitaliste. Il s’agit de la prédilection du Français pour la carrière sûre, stable (et honorifique) de fonctionnaire. Cette « plaie du fonctionnarisme » pour nous servir de l’expression d’un historien autorisé du commerce français, cette « folie française des offices » selon l’expression d’un autre auteur non moins autorisé, qui va de pair avec « le dédain des carrières industrielles et commerciales » se manifeste dès le XVème siècle et subsiste encore de nos jours. Elle est un indice de la faible prédisposition des Français à s’assimiler complètement l’esprit capitaliste. Tous ceux qui le pouvaient se retiraient de la vie des affaires et se gardaient même d’y entrer et employaient leur fortune à l’achat d’une charge (ce qui était encore possible jusqu’au XVIIIème siècle). L’histoire de la France nous fournit des preuves abondantes de la diffusion de cette mentalité dans toutes les couches de la population.
A ces tendances se rattache étroitement (à la fois comme leur cause et comme leur effet) la faible estime dans laquelle on avait toujours tenu en France, du moins jusqu’à la monarchie de Juillet, le commerce et l’industrie. En disant cela, je ne fais pas seulement allusion au fait que les riches cherchaient à acquérir la noblesse, que les nobles ont été considérés jusqu’à la fin du XVIIIème siècle comme formant un état privilégié et que la loi elle-même voyait dans le négoce une occupation « dégradante » : il n’y a rien là de spécifiquement français, les mêmes tendances et préjugés ayant existe en Angleterre (et y persistant encore en partie de nos jours). Ce que je veux relever ici, c’est uniquement le mépris avec lequel on considérait l’activité commerciale et industrielle, c’est l’opinion dédaigneuse qu’on avait de leur valeur sociale et qui, si on fait abstraction de l’Espagne, a trouvé en France, jusqu’à une période assez avancée du XVIIIème siècle, sa plus forte expression.
« S’il y a mépris au monde, il est sur le marchand », disait au XVIème siècle un bon connaisseur de son temps, en parlant de la mentalité des couches supérieures de la population française. A l’époque dont il s’agit, l’Allemagne était encore un des pays qui, sous ce rapport, pouvait être comparé à la France, l’Angleterre ayant depuis un certain temps déjà dépassé cette phase. Mais ce que disait Montesquieu (et il ne fut pas le seul à le dire) vers le milieu du XVIIIème siècle n’était même plus applicable à l’Allemagne d’alors : « Tout est perdu lorsque la profession lucrative du traitant parvient encore par ses richesses à être une profession honorée... un dégoût saisit tous les autres états, l’honneur y perd toute sa considération, les moyens lents et naturels de se distinguer ne touchent plus et le gouvernement est frappé dans son principe... ».

Werner Sombart, Les Bourgeois.

2 commentaires:

  1. Il y a toujours cette même image quand on évoque les fonctionnaires, c'est le type le cul vissé sur son siège devant un bureau.

    Cela fera bientôt 31 ans que je suis un de ces misérables fonctionnaires et pourtant, je ne m'écrase mollement la raie sur un fauteuil que depuis 13 mois et encore seulement la moitié du temps, le reste je suis debout.

    Il y a une confusion entre bureaucratie que l'on trouve dans tous les corps de métier et fonction publique.

    Juste pour rire quand on se fracture le coccyx , on vous demande d'acheter une bouée afin de pouvoir vous asseoir, un rond de cuir aurait été plus adéquate mais il est difficile d’en trouver de nos jours.

    Le marchand a toujours été méprisé, pourquoi peut être parce qu'il n'ose pas et tous les boutiquiers du monde ne sont pas des Marco-Polo.

    La richesse ne rend pas noble sinon certains de nos politiciens s'étant grassement enrichis le deviendraient.

    Voyez vous un Hollande,un Lang ou même un Chirac, comte ou baron et pourquoi prince tant qu'on y est.

    Dire que nos ancêtres ont viré les nobles pour y mettre des bourgeois qui au moins avaient obtenu leur position par leur travail et maintenant qu'avons nous aux commandes, des paltoquets.

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    1. Les fonctionnaires sont comme les auvergnats Grandpas, il en faut toujours quelques-uns, c'est quand il y en a beaucoup que les ennuis commencent. :-)
      En fait c'est surtout lorsque tout le monde aspire à devenir fonctionnaire qu'il y a problème. Particulièrement aujourd'hui. Ce qui ne rend pas les marchands plus admirables, c'est une question de proportion (full disclosure : je suis fils de fonctionnaires et marié à une fonctionnaire. Je connais bien la fonction publique).

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