Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

lundi 10 décembre 2012

Moeurs du Grand Siècle (2)




Suite et fin du portrait du duc de Vendôme par Saint Simon. Ci dessus, un portrait de Guido Alberoni, qui commença sa carrière comme amant de M. de Vendôme et la finit comme Cardinal après avoir manqué d'être pape. O tempora, o mores...

"Le soldat et le bas officier l’adoraient pour sa familiarité avec eux et la licence qu’il tolérait pour s’en gagner les cœurs, dont il se dédommageait par une hauteur sans mesure avec tout ce qui était élevé en grade ou en naissance. Il traitait à peu près de même ce qu’il y avait de plus grand en Italie, qui avait si souvent affaire à lui. C’est ce qui fit la fortune du fameux Alberoni. 
Le duc de Parme eut à traiter avec M. de Vendôme : il lui envoya l’évêque de Parme, qui se trouva bien surpris d’être reçu par M. de Vendôme sur sa chaise percée, et plus encore de le voir se lever au milieu de la conférence, et se torcher le cul devant lui. Il en fut si indigné, que, toutefois sans mot dire, il s’en retourna à Parme sans finir ce qui l’avait amené, et déclara à son maitre qu’il n’y retournerait de sa vie après ce qui était arrivé. Alberoni était fils d’un jardinier, qui, se sentant de l’esprit, avait pris un petit collet, pour, sous une figure d’abbé, aborder où son sarrau de toile eût été sans accès. Il était bouffon : il plut à Monsieur de Parme, comme un bas valet dont on s’amuse ; en s’en amusant, il lui trouva de l’esprit, et qu’il pouvait n’être pas incapable d’affaires. Il ne crût pas que la chaise percée de M. de Vendôme demandât un autre employé : il le chargea d’aller continuer et finir ce que l’évêque de Parme avait laissé à achever. Alberoni, qui n’avait point de morgue à garder, et qui savait très bien quel était Vendôme, résolut de lui plaire à quelque prix que ce fût pour venir à bout de sa commission au gré de son maître, et s’avancer par là auprès de lui. Il traita donc avec M. de Vendôme sur sa chaise percée, égaya son affaire par des plaisanteries qui firent d’autant mieux rire le général, qu’il l’avait préparé par force louanges et hommages. Vendôme en usa avec lui comme il avait fait avec l’évêque, il se torcha le cul devant lui. A cette vue Alberoni s’écrie : O culo di angelo !... et courut le baiser. 
Rien n’avança plus ses affaires que cette infâme bouffonnerie. Monsieur de Parme, qui dans sa position avait plus d’une chose à traiter avec M. de Vendôme, voyant combien Alberoni y avait heureusement commencé, se servit toujours de lui, et lui prit à tâche de plaire aux principaux valets, de se familiariser avec tous, de prolonger ses voyages. Il fit à M. de Vendôme, qui aimait les mets extraordinaires, de soupes au fromage, et d’autres ragoûts étranges, qu’il trouva excellents.
Il voulut qu’Alberoni en mangeât avec lui, et, de cette sorte, il se mit si bien avec lui, qu’espérant plus de fortune dans une maison de bohème et de fantaisies qu’à la cour de son maître, où il se trouvait de trop bas aloi, il fit en sorte de se faire débaucher d’avec lui, et de faire accroire à M. de Vendôme que l’admiration et l’attachement qu’il avait conçu pour lui lui faisait sacrifier tout ce qu’il pouvait espérer de fortune à Parme. Ainsi il changea de maître, et bientôt après, sans cesser son métier de bouffon et de faiseur de potages et de ragoûts bizarres, il mit le nez dans les lettres de M. de Vendôme, y réussit à son gré, devint son principal secrétaire, et celui à qui il confiait tout ce qu’il avait de plus particulier et de plus secret. Cela déplut fort aux autres ; la jalousie s’y mit au point que, s’étant querellé dans une marche, Magnani le courut plus de mille pas à coups de bâton, à la vue de toute l’armée. M. de Vendôme le trouva mauvais, mais ce fut tout ; et Alberoni, qui n’était pas homme à quitter prise pour si peu de choses et en si beau chemin, s’en fit un mérite auprès de son maître, qui, le goûtant de plus en plus, et lui confiant tout, le mit de toutes ses parties, et sur le pied d’un ami de confiance plutôt que d’un domestique, à qui ses familiers même et les plus haut huppés de son armée firent la cour."

2 commentaires:

  1. J'imagine la scène, Culbuto 1er recevant les grands de ce monde sur une chaise percée.

    Autre temps,autres moeurs.

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  2. D'un côté c'est presque dommage. Eux au moins ils avaient le vice flamboyant. Nous, à la place de Louis XV ("après moi le déluge") nous avons Flanby et à la place de la Pompadour, la Trierweiller.
    Pas terrible...

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