Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

lundi 18 février 2013

Pierre Manent sur l'art moderne

 
Il est bien rare de trouver des propos intelligents sur l'art moderne, et plus particulièrement l'art dit "contemporain". Avec ce petit texte de Pierre Manent c'est, me semble-t-il, chose faite. Lisez donc ce qui suit si la question vous intéresse. Et lisez Pierre Manent de manière générale. Si je peux me permettre un très mauvais jeu de mots : Manent scripta manent. Les latinistes distingués comprendront.
Bonne lecture.


"Le désir, l’exigence d’immédiateté tend à dominer tous les aspects de la vie démocratique moderne. Il serait intéressant d’étudier sous cet angle l’art moderne. Je ne suis nullement un spécialiste, et je vais dire des choses très sommaires, mais il me semble que son évolution, ou le principe de son évolution, est aussi celui de la suppression des formes et des médiations.
Prenons la peinture, dont le destin a déterminé celui de l’art moderne en général : l’égalisation des genres, l’abandon de la perspective, le rejet des conventions de la représentations, tout cela pointe vers une expérience qui se veut pure, simple et absolue, l’expérience que l’homme fait de lui-même en tant que créateur. Expérience détachée du reste de la vie politique et sociale, religieuse et intellectuelle, expérience qui se veut à la fois élémentaire et totale, expérience que fait l’être humain de son humanité.
C’est pourquoi l’art moderne est essentiellement non figuratif. Paradoxalement, c’est pour être plus purement humain. L’art figuratif, l’art de l’imitation et de la ressemblance, entre en réseau et en résonnance avec les autres expériences, politiques, sociales et morales, communique avec elles, se confond pour partie avec elles, et pour autant ne peut pas provoquer une expérience « pure » ou purement et simplement humaine. On comprend que l’art non figuratif paraisse à beaucoup conduire au « non-art » ou à des expressions qui relèvent de l’ « imposture ». Sa logique est en effet de supprimer de plus en plus tout ce qui manifeste un travail d’élaboration raffiné - les signes d’un tel travail sont une sorte de « figuration » - d’aller vers l’art « brut », c’est à dire vers la proclamation arbitraire et la présentation immédiate comme une œuvre d’art d’une chose non élaborée.
On pourrait dire que, de toutes part, dans tous les domaines de sa vie, l’homme contemporain cherche une expérience immédiate de lui-même et de l’humanité."

Pierre Manent, Cours familier de philosophie politique

2 commentaires:

  1. Je vous envoie donc mon rapport de la dernière foire d'art contemporain à laquelle j'ai assisté.
    Alors plus trop d'inspiration, le nombre de resucées des Basquiat et autres est absolument délirant...cependant tout mettre dans un même sac est plutôt malveillant.

    J'avais mis cette sentence de Gide comme prélude à tout ce qu¡on peut considérer comme oeuvre d'art " l'art naît de lutte, vit de contrainte et meurt de liberté"...beaucoup d'artistes d'aujourd'hui n'ont pas saisi qu'il fallait se mettre des contraintes (rendez-vous compte, se mettre des contraintes...) et surtout qu'il fallait un cadre à la représentation ( par exemple une estrade pour du théâtre, trois coups avant...) sinon ce n'est rien...Pourquoi croit-on qu'il faille un cadre à une toile, ce n'est pas que pour faire joli...

    http://ilikeyourstyle.net/2013/02/18/arco-2013/

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    1. Merci. Je dois dire que vous ne risquez guère de me rencontrer à ce genre de manifestation. En matière de peinture mes goûts sont très traditionnels. Le non figuratif me barbe profondément et je crois bien que mon maximum de modernité est Francis Bacon.

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