Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

jeudi 18 avril 2013

La mort du Téméraire (2/2)



 
Les Bourguignons trouvèrent d’abord un ruisseau grossi par les neiges fondantes ; il fallut y entrer, puis tout gelés se mettre en ligne et attendre les Suisses. Ceux-ci, gais et garnis de chaude soupe, largement arrosée de vin, arrivaient de Saint-Nicolas. Peu avant la rencontre, « un Suisse passa prestement une étole », leur montra une hostie, et leur dit que, quoi qu’il arrivât, ils étaient tous sauvés. Ces masses étaient tellement nombreuses, épaisses, que, tout en faisant front aux Bourguignons et les occupant tout entiers, il fut aisé de détacher derrière un corps pour tourner leur flanc, comme à Morat, et pour s’emparer des hauteurs qui les dominaient. Un des vainqueurs avoue lui-même que les canons du duc eurent à peine le temps de tirer un coup. Se voyant pris en flanc, les piétons lâchèrent pied. Il n’y avait pas à songer à les retenir. Ils entendaient là-haut le cor mugissant d’Underwald, l’aigre cornet d’Uri. Leur coeur en fut glacé : « car, à Morat, l’avoient entendu ».
La cavalerie, toute seule, devant cette masse de vingt mille hommes, était imperceptible sur la plaine de neige. La neige était glissante, les cavaliers tombaient. « En ce moment, dit le témoin qui était à la poursuite, nous ne vîmes plus que des chevaux sans maîtres, toutes sortes d’effets abandonnés. » La meilleure partie des fuyards alla jusqu’au pont de Bussière. Campobasso, qui s’en était douté, avait barré le pont et les attendait. Toute la chasse rabattait pour lui ; ses camarades, qu’il venait de quitter, lui passaient par les mains ; il les reconnaissait et réservait ceux qui pouvaient payer rançon.
Ceux de Nancy, qui voyaient tout du haut des murs, furent si éperdus de joie qu’ils sortirent sans précaution ; il y en eut de tués par leurs amis les Suisses, qui frappaient sans entendre. Une grande partie de la déroute fut entraînée par la pente du terrain au confluent de deux ruisseaux, près d’un étang glacé. La glace, moins épaisse sur ces eaux courantes, ne portait pas les cavaliers. Là vint s’achever la triste fortune de la maison de Bourgogne. Le duc y trébucha, et il était suivi par des gens que Campobasso avait laissés tout exprès. D’autres croient qu’un boulanger de Nancy lui porta le premier coup à la tête, qu’un homme d’armes, qui était sourd, n’entendit pas que c’était le duc de Bourgogne, et le tua à coups de pique.
Cela eut lieu le dimanche (5 janvier 1477), et le lundi soir on ne savait pas encore s’il était mort ou en vie. Le chroniqueur de René avoue naïvement que son maître avait grand’peur de le voir revenir. Au soir, Campobasso, qui peut-être en savait plus que personne, amena au duc un page romain de la maison Colonna, qui disait avoir vu tomber son maître. « Ledict page bien accompaigné, s’en allirent... Commencèrent à chercher tous les morts ; estoient tous nuds et engellez, à peine les pouvoit-on congnoistre. Le paige, véant de çà et là, bien trouvoit de puissantes gens, et de grands, et de petits, blancs comme neige. Tous les retournoit... Hélas ! dict-il, voicy mon bon seigneur...
Quand le duc ouyt que trouvé estoit, bien joyeux en fut, nonobstant qu’il eust mieux voulu que en ses pays eust demeuré, et que jamais la guerre n’eust contre luy commencé... Et dit : apportez le bien honnestement. Dedans de beaux linges mis, fut porté en la maison de Georges Marqueiz, en une chambre derrière. Ledict duc honnestement lavé, il estoit blanc comme neige ; il estoit petit, fort bien membré ; sur une table bien enveloppé dedans des blancs draps, ung oreillie de soye, dessus sa teste une estourgue rouge mis, les mains joinctes, la croix et l’eau benoiste auprès de luy ; qui veoir le vouloit, on n’en destournoit nulles personnes ; les uns prioient Dieu pour luy, et les autres non... Trois jours et trois nuicts, là demeure. »
Il avait été bien maltraité. Il avait une grande plaie à la tête, une blessure perçait les cuisses, et encore une au fondement. Il n’était pas facile à reconnaitre. En dégageant sa tête de la glace, la peau s’était enlevée. Les loups et les chiens avaient commencé à dévorer l’autre joue. Cependant ses gens, son médecin, son valet de chambre et sa lavandière le reconnurent à sa blessure de Montlhéry, aux dents, aux ongles et à quelques signes cachés.
Il fut reconnut aussi par Olivier de La Marche et plusieurs autres des principaux prisonniers. « Le duc René les mena veoir le duc de Bourgogne, entra le premier, et la tête desfula (découvrit)... A genoux se mirent : Hélas, dirent, voilà nostre bon maître et seigneur... Le duc fit crier par toute la ville de Nancy que tous chefs d’hostel chascun eussent un cierge en la main, et à Saint-Georges fit préparer tout à l’environ des draps noirs, manda les trois abbés... et tous les prebstres des deux lieues à l’entour. Trois haultes messes chantirent. » René, en grand manteau de deuil, avec tous ses capitaines de Lorraine et de Suisse, vint lui jeter l’eau bénite, « et lui ayant pris la main droite, par-dessous le poêle », il dit bonnement : « Hé dea ! beau cousin, vos âmes ait Dieu ! Vous nous avez fait moult maux et douleurs. »
Il n’était pas facile de persuader au peuple que celui dont on avait tant parlé était bien vraiment mort... Il était caché, disait-on, il était tenu enfermé ; il s’était fait moine ; des pèlerins l’avaient vu, en Allemagne, à Rome, à Jérusalem ; il devait reparaître tôt ou tard, comme le roi Arthur ou Frédéric-Barberousse, on était sûr qu’il reviendrait. Il se trouvait des marchands qui vendaient à crédit, pour être payés au double alors que reviendrait ce grand duc de Bourgogne.
On assure que le gentilhomme qui avait eu le malheur de le tuer, sans le connaître, ne s’en consola jamais, et qu’il en mourut de chagrin. S’il fut ainsi regretté de l’ennemi, combien plus de ses serviteurs, de ceux qui avaient connu sa noble nature, avant que le vertige ne lui vînt et ne le perdît ! Lorsque le chapitre de la Toison d’or se réunit pour la première fois à Saint-Sauveur de Bruges, et que les chevaliers, réduits à cinq, dans cette grande église, virent sur un coussin de velours noir le collier du duc qui tenait sa place, ils fondirent en larmes, lisant sur son écusson, après la liste de ses titres, « ce douloureux mot : Trespassé ».

1 commentaire:

  1. Juste pour information, les suisses combattaient comme le firent les macédoniens en phalange mais ici elle se nommait "Bataille" des carrés de 5000 hommes armés de piques et de hallebardes de 6 mètres de longueur. Il va sans dire que cette forêt d' armes d'hast était infranchissable pour les chevaliers des anciens osts du moyen âge.

    Les armes à feu et les épées à deux mains mirent fin à la suprématie militaire des montagnards suisses.

    Lorsque deux phalanges de piquiers se rencontrer, on utilisait des gens de petits tailles souvent des enfants pour couper les tendons des soldats du premier rand afin de créer des brèches dans la ligne de fantassins et prendre un avantage.

    Ils étaient appelé " les enfants perdus"

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