Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

mardi 7 mai 2013

Elle et Moi


Ce billet a pour objet de déclarer au monde mon admiration éperdue (enfin, presque) pour Deborah Kerr. Sachez-le lecteurs, Deborah Kerr n'était sans doute pas la plus belle femme du monde, et elle n'est pas l'actrice hollywoodienne la plus célèbre, mais elle incarne pour moi la quintessence de la classe, de l'élégance, de la subtilité faite actrice. Cary Grant au féminin, farpaitement!
Que dire de plus ? Vous trouverez sa biographie partout sur internet, et tout ce que je pourrais écrire ne vaudra pas une seule minute de ses films pour comprendre quelle actrice elle était.
Ah, Deborah Kerr en nonne perdue au milieu de l'Inde sensuelle et mystérieuse dans Le narcisse noir!
Deborah Kerr se roulant sur le sable avec Burt Lancaster dans Tant qu'il y aura des hommes!
Oh, Deborah Kerr en martyre chrétienne frémissante prête à être déchirée par le taureau furieux dans Quo Vadis!
Et Deborah Kerr avec Cary Grant himself dans l'un des plus formidables mélo de tous les temps (rien de moins!) : Elle et lui!
Allez zou, c'est dit, je vous refourgue l'un des premiers billets que j'avais mis dans ce grenier, au sujet de ce film précisément. Ne vous plaignez pas, personne ne l'avait lu à cette époque. Et procurez vous ses films, c'est un ordre!


En regardant récemment l’excellent An affair to remember (en français : Elle et lui) - un film américain de 1957, avec le génial Cary Grant et la sublime Deborah Kerr - j’ai été frappé par le caractère extrêmement « boutonné » de toute cette affaire.
Boutonné au sens propre tout d’abord, puisque Cary Grant et Deborah Kerr sont toujours vêtus avec une stricte élégance, les chemises fermées jusqu’au col, même lorsque Cary Grant devient peintre en bâtiment pour gagner sa vie (une scène très réaliste...). Au sens figuré ensuite : le seul vrai baiser échangé par les deux personnages l’est derrière un escalier, donc invisible pour le spectateur, et le ressort dramatique de l’histoire repose sur le fait que Deborah Kerr ne veut pas révéler à Cary Grant qu’elle a été victime d’un accident de voiture qui l’a laissé paralysée (peut-être provisoirement) des deux jambes. Pas question qu’il la prenne en pitié.
Quel contraste avec les films actuels ! Une telle pudeur et une telle fierté seraient-elles encore intelligibles ? Quel producteur accepterait une histoire d’amour aussi collet-monté ? « Quoi ? Même pas un petit patin avec la langue ? Alors que de nos jours le spectateur commence à regarder sa montre si les protagonistes n’en sont pas aux dernières faveurs au bout d’un quart d’heure ? Vous voulez couler la baraque ou quoi ?! »
En cherchant sur internet une biographie de Deborah Kerr, j’ai lu que celle-ci avait mis fin à sa carrière cinématographique assez tôt, pour ne pas avoir à jouer de scènes de nus, qui devenaient de plus en plus fréquentes dans les films américains.
Dire que cela me la rend sympathique serait de l'understatement.
Quelle jeune femme pourrait aujourd’hui ne serait-ce qu’envisager de faire une carrière d’actrice avec de telles dispositions ?
Nous vivons une époque débraillée, au physique comme au moral. Je comprends très bien ce que cela peut avoir de confortable, et je ne dis pas que je ne tire pas moi-même un certain parti de cet état de fait ; mais plus le temps passe et plus je me convainc que l’homme est un animal qui se porte mieux s’il est boutonné jusqu’au col. Même si ça lui tient chaud.

7 commentaires:

  1. Je plussoie !
    C'est une très belle femme.
    Comparer les comédiens/diennes, les films, les thèmes, la tenue, les dialogues, l'intérêt, la beauté formelle avec ceux de l'époque que nous vivons ne peut conduire qu'à la dépression. Il vaut mieux éviter.

    Le cinéma a été tué par l'argent et les effets spéciaux.

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    1. Merci Carine.
      Je n'irais pas aussi loin que vous. Il me semble que l'on fait encore de très bon films aujourd'hui, mais il est vrai que, en ce qui concerne les rapports hommes/femmes à l'écran, la subtilité, l'élégance, la pudeur, sont devenues des denrées très rares. Comme dans la vie?

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    2. Comme dans la vie…
      Et s'il n'y avait que les rapports hommes/femmes, ce ne serait pas si grave.
      Ce n'est qu'un aspect des rapports humains complètement dégénérés.

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    3. Pas si grave, comme vous y allez. C'est quand même une partie très importante de l'existence...

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  2. C'est la très ancienne histoire du Veau d'Or.

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  3. Ah, Deborah Kerr dans Les Innocents de Clayton... La grâce perdue dans une atmosphère vénéneuse. J'adore ce film...

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    1. Un beau film, c'est vrai, qui doit beaucoup à la prestation de Deborah Kerr.
      En fait je crois qu'elle avait un don particulier pour jouer les nonnes en proie à la tentation. Elle est sublime dans Le narcisse noir et je garde un très bon souvenir (quoiqu'un peu lointain) de Dieu seul le sait, avec Robert Mitchum.
      Il est dommage qu'elle n'ait pas joué Mesure pour Mesure, de Shakespeare. Le rôle d'Isabella lui aurait été comme un gant.

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