Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

mercredi 23 octobre 2013

A quoi tiennent parfois ces choses là...



 
Certains d’entre vous, ceux qui viennent fureter régulièrement dans ce grenier, se souviendront peut-être de billets relatant comment, selon Saint-Simon, la princesse des Ursins fut congédiée par la reine d’Espagne, un glacial soir de décembre, et comment Alberoni fit fortune en embrassant le cul mal torché du Duc de Vendôme.
Eh bien, voici comment, de son côté, Michelet explique le renvoi de la princesse des Ursins. Vrai ? Faux ? Un peu des deux ? Cela n’est pas facile à dire. Michelet était à la fois profondément érudit et plein de préjugés, de partis pris très décidés, et très apparents. Et certes, la monarchie espagnole du 17ème siècle n’avait absolument rien qui puisse plaire à un homme ayant ses idées et son tempérament. En même temps, il suffit de lire Saint-Simon, qui n’avait pas, lui, et c’est le moins que l’on puisse dire, un préjugé défavorable envers la monarchie et le catholicisme, pour savoir que ce que raconte Michelet est tout à fait plausible, à défaut peut-être d’être véridique. Je ne sais.
Mais vrai ou pas, cela n’est-il pas admirablement dit ?


« Par sa mère bavaroise, Philippe V venait d’un mélange de Bavière-Autriche, où les esprits troublés ne sont pas rares. Il avait pour aïeul l’affreux Ferdinand II, le spectre de la guerre de trente ans. J’ai dit le tragique roman de sa mère, ermite en plein Versailles, affolée de sa Bessola. Le vertige du Tyrol était dans cette tête, et elle le transmit à son fils. Comme elle il fut tout amoureux, mais à la façon de son père, le gros Dauphin blondasse, et il en eut la sensualité bestiale.
Né tel, il tomba en Espagne, dans l’âpre et violente contrée, admirable pour faire des fous. Charles Quint le devint. Philippe II, dans les derniers rêves de son sinistre Escurial, d’avance éclipsa Don Quichotte.
Philippe V ne fut fou que par moments. Il n’était pas dénué d’esprit, souvent parlait très bien. Presque toujours muet, et enfermé, comme l’avait été sa mère, il ne voyait guère que sa femme. Le sexe annulait tout en lui. Il fut le mari le plus assidu, le plus mari qu’on vit jamais, acharné, implacable d’exigence amoureuse. Sa première femme, malade à la mort, perdue d’humeurs froides, dissoute et couvertes de plaies, n’eut pas grâce un seul jour, ne put faire lit à part. L’aimait-il ? Le jour de sa mort même, il alla à la chasse, selon son habitude, et rencontrant le convoi au retour, froidement le regarda passer.
La vieille princesse des Ursins, qui gouvernait, fut prise dans un double embarras, le veuvage du roi et un essai de réforme qu’elle avait commencé. Réforme des finances, réforme du clergé, et surtout de l’Inquisition. Si elle n’eut été si âgée, elle se serait fait épouser et aurait gardé le roi. Mais il lui échappa d’abord par la dévotion, ensuite par un second mariage. On a souvent conté sa brouillerie avec Versailles, mais trop peu rappelé qu’elle avait contre elle l’Inquisition et le clergé.
Avec le tempérament du roi il n’y avait pas un moment à perdre pour le marier. La Des Ursins cherchait dans toute l’Europe, mais chaque princesse lui faisait peur. Elle craignait surtout un trop grand mariage, une fille de roi qui eût pris ascendant. Il n’y avait guère de plus petit prince que le duc de Parme. Donc elle ouvrit l’oreille lorsque son envoyé, Alberoni, un nain bouffon qui l’amusait, lui demanda un jour pourquoi elle ne prendrait pas la nièce de son maître, le duc Farnèse, une fille toute simple, élevée dans un grenier du palais, qui ne savait que coudre. La princesse le crut, fit la chose ; puis, un peu tard, mieux informée, elle voulut la défaire. Mais le mariage était déjà célébré à Parme. D’autre part, le roi était dans une terrible impatience ; Alberoni, grossièrement, obscènement, à sa manière, lui avait décrit la fille selon les goûts du roi, la disant « une grasse Lombarde, bien empâtée de beurre, de parmesan ». Eloge mérité de toute la maison des Farnèse, dont le dernier meurt à force de graisse.
Ce charmant idéal envahissant le cœur du roi, il sut très mauvais gré à la princesse des Ursins de vouloir lui inspirer des défiances sur sa future épouse. Alberoni l’avait pris entièrement par ses contes luxurieux. Il en tira deux choses pour la jeune reine qui arrivait : 1° l’ordre verbal de lui obéir en tout ; 2° un billet où il lui mandait de faire arrêter, enlever madame des Ursins, finissant par ce mot d’exquise délicatesse : « Ne manquez pas votre coup tout d’abord. Autrement elle vous enchantera et nous empêchera de coucher ensemble, comme avec feue la reine. » Il est vrai que la Des Ursins, aux derniers jours, l’avait fort sagement prié d’épargner la mourante, qui pouvait lui donner son mal.
Alberoni porta ce mot lui-même à la frontière où était la jeune reine, et se tint dans la coulisse pour surveiller l’exécution. Autrement cette fille sans expérience n’eût eu ni l’assurance ni la férocité impudente pour jouer cette scène de fausse fureur sans cause ni prétexte. Tout le monde l’a lue dans Saint-Simon. C’était l’hiver ; la vieille dame fut enlevée en habit de bal et trainée vingt jours dans les glaces, au hasard de la faire crever. Le lendemain, le roi, qui était venu au-devant, rencontra enfin sa grasse Lombarde, l’épousa sur l’heure dans la première maison qui se trouva. En plein jour, ils se mirent au lit. »

2 commentaires:

  1. Ce pauvre souverains espagnol n'avait vraiment point de chance car faire des câlins à une malade et une mamie grasse à souhait, c'était pas la joie en espérant que les femmes de chambre des rombières étaient plus accortes sinon je comprends sa folie.

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  2. La monarchie espagnole n'avait rien de bien folichon à cette époque, il faut bien l'avouer.

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