Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

lundi 24 mars 2014

Du fatalisme et du hasard en politique



 
Si Tocqueville est, en politique, un homme selon mon cœur, ce n’est pas seulement, et peut-être même pas principalement parce que je partagerais ses jugements politiques. Il peut même m’arriver d’être en désaccord avec lui. C’est avant tout parce je me reconnais dans sa manière d’aborder les questions politiques. Tout comme lui je suis convaincu que la politique, les affaires humaines en général, se situent dans un entre-deux : qu’elles n’admettent ni les certitudes métaphysiques ni l’irréflexion, ni le fatalisme ni l’hubris. Mais assez parlé de moi, écoutons plutôt le maître.

"J’ai vécu avec des gens de lettres, qui ont écrit l’histoire sans se mêler aux affaires, et avec des hommes politiques, qui ne se sont jamais occupés qu’à produire les évènements sans songer à les décrire. J’ai toujours remarqué que les premiers voyaient partout des causes générales, tandis que les autres, vivant au milieu du décousu des faits journaliers, se figuraient volontiers que tout devait être attribué à des incidents particuliers, et que les petits ressorts, qu’ils faisaient sans cesse jouer dans leurs mains, étaient les mêmes que ceux qui font remuer le monde. Il est à croire que les uns et les autres se trompent.
Je hais, pour ma part, ces systèmes absolus, qui font dépendre tous les évènements de l’histoire de grandes causes premières se liant les unes aux autres par une chaine fatale, et qui suppriment, pour ainsi dire, les hommes de l’histoire du genre humain. Je les trouve étroits dans leur prétendue grandeur, et faux sous leur air de vérité mathématique. Je crois, n’en déplaise aux écrivains qui ont inventé ces sublimes théories pour nourrir leur vanité et faciliter leur travail, que beaucoup de faits historiques importants ne sauraient être expliqués que par des circonstances accidentelles et que beaucoup d’autres restent inexplicables ; qu’enfin le hasard ou plutôt cet enchevêtrement de causes secondes, que nous appelons ainsi faute de savoir le démêler, entre pour beaucoup dans tout ce que nous voyons sur le théâtre du monde ; mais je crois fermement que le hasard n’y fait rien, qui ne soit préparé à l’avance. Les faits antérieurs, la nature des institutions, le tour des esprits, l’état des mœurs, sont les matériaux avec lesquels il compose ces impromptus qui nous étonnent et nous effraient."

Tocqueville, Souvenirs

2 commentaires:

  1. LeVertEstDansLeFruit27 mars 2014 à 14:14

    Magnifique peinture en illustration. A renommer pour la circonstance en "Triplettes de Toqueville"

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    1. Uh-uh ! Pas mal.
      Pour information il s'agit d'un tableau de Bernardo Strozzi : les trois Parques.

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