Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

samedi 5 avril 2014

Histoire de la conquête du Mexique (1)




J’ai terminé, il y a peu, L’histoire de la conquête du Mexique, par le grand historien américain William H. Prescott. C’est peu dire que j’ai été enthousiasmé. L’histoire en elle-même est proprement fabuleuse et il faudrait être un très médiocre écrivain pour ne pas être capable d’intéresser ses lecteurs aux incroyables aventures de Cortès et de ses compagnons. Ajoutez à cela que Prescott est à la fois un historien de toute première force – il maitrisait véritablement toutes les sources disponibles à son époque, et je doute que nous ayons appris depuis quoique ce soit qui remettrait fondamentalement en cause son récit – et un écrivain très au-dessus du médiocre, et vous avez toutes les ressources pour un chef-d’œuvre. Mais au surplus Prescott possède cette inestimable qualité, à mes yeux, d’être absolument indemne du vice qui infecte tant d’historiens modernes : le relativisme moral déguisé en objectivité scientifique. Prescott sait très bien que l’on ne peut pas prétendre avoir compris complètement un événement comme la conquête du Mexique sans porter en même temps un jugement moral sur cet événement et sur ses principaux acteurs. Prescott le fait, avec subtilité, nuance, et fermeté. Ce faisant il nous rend le plus grand service qu’un historien puisse nous rendre : nous permettre d’accéder à l’universel de la nature humaine à travers la singularité des événements passés.
Bref, attendez-vous à trouver ici un certain nombre d’extraits de L’histoire de la conquête du Mexique, au fur et à mesure que j’aurais le temps de les recopier. Et je n’ai pas encore lu L’histoire de la conquête du Pérou



« L’époque de notre histoire appartenait encore aux siècles de la chevalerie, à cet âge d’exaltation et d’aventures dont il est difficile de se former une idée dans notre siècle de sobre et froide réalité. L’Espagnol, avec son point d’honneur chatouilleux, son amour du romanesque et son orgueil un peu fanfaron, était le vrai héros de cette vie poétique ; mais en général les Européens ne s’étaient pas encore initiés aux habitudes sédentaires du lettré studieux, aux divers métiers de l’industrie et du commerce, à la patiente culture de la terre ; occupations et travaux qu’on laissait volontiers aux habitants encapuchonnés des cloîtres, aux humbles bourgeois des villes et aux misérables serfs. Les armes étaient la seule profession digne d’un noble sang, la seule carrière qu’un généreux cavalier pût parcourir avec honneur. Le Nouveau Monde avec ses étranges et mystérieux dangers lui offrait un noble théâtre, et l’Espagnol s’y lançait avec tout l’enthousiasme d’un paladin de roman.
D’autres nations parurent aussi dans le Nouveau Monde, mais avec un but différent. Les Français envoyèrent leurs missionnaires pour porter la foi parmi les païens, et ces nouveaux apôtres, dans leur sublime abnégation, semblaient n’ambitionner d’autre couronne que celle du martyre. Les Hollandais avaient aussi leur mission toute positive et toute profane. Un trafic lucratif avec les indigènes payait amplement leurs peines. Quant à nos ancêtres, les puritains, poussés par le véritable génie des Anglo-Saxons, s’ils abandonnaient leurs foyers de la verte Angleterre et allaient planter leurs tentes dans le désert, c’était pour y jouir au moins de la liberté civile et religieuse. Mais l’Espagnol accourait dans le Nouveau Monde en véritable chevalier errant, cherchant des aventures et des plus périlleuses, car il semblait aimer le danger pour le danger même. Toujours prêt à saisir la lance ou l’épée pour la foi, lorsqu’il poussait son vieux cri de guerre de « San Yago », il s’imaginait combattre sous la bannière même de l’apôtre, et son bras eut défié cent infidèles ! – Déjà la chevalerie touchait à son déclin ; mais l’Espagne, la romanesque Espagne, était le pays que ce brillant soleil aimait à illuminer de ses derniers rayons. »

8 commentaires:

  1. Beau texte, et très intéressant.

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    1. N'est-ce pas? c'est un peu une réhabilitation de Don Quichotte. Notez que, considérés sous un angle un peu différent, ou dans un contexte autre, ces traits de caractères peuvent être vus de manière très négative, comme le fait par exemple Montesquieu.

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  2. Je veux bien admettre que ça soit bien écrit, mais pour l'objectivité historique, j'ai des doutes.

    "Ces nouveaux apôtres, dans leur sublime abnégation, semblaient n’ambitionner d’autre couronne que celle du martyre."

    Vraiment? La perspective de laisser leurs noms à des églises du Nouveau Monde, ou d'être en grâce du côté de la papauté n'avait rien à voir là-dedans? L'auteur a dû oublier qu'il avait affaire à des humains.

    Dans le même ordre d'idées, il y avait chez les conquistadors un paquet d'aventuriers désœuvrés et qui se sont généreusement enrichis par le pillage. Rien n'est jamais si manichéen. Et aucun type de motivation n'est jamais le monopole d'une nationalité...

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    1. Vous êtes injuste avec Prescott. D'abord ce passage n'a pas pour but de décrire précisément la psychologie des Français qui se rendaient dans le nouveau monde, donc l'auteur brosse à grands traits, il généralise, il simplifie, il fait des zamalgames comme on aime à dire aujourd'hui, ce qui est parfaitement admissible dans le contexte, et au surplus il dit bien qu'ils "semblaient" n'ambitionner, etc. ce qui laisse comprendre qu'en réalité les choses n'étaient pas toujours aussi simples.

      Ensuite ce qui est intéressant chez Prescott c'est précisément qu'il n'est pas réductionniste : il dit très clairement que coexistaient chez les conquistadors des motifs multiples, et que ce qui leur a fait endurer les souffrances et les périls invraisemblables qu'ils ont enduré, c'était un mélange complexe de désir de gloire, d'avidité et de foi chrétienne ardente, évidemment en proportion différentes suivant les individus.
      Aujourd'hui les historiens auraient tendance à ne voir dans cette épopée que le désir de s'enrichir, parce que c'est le seul motif qui leur semble réaliste, ce en quoi, à mon avis, ils passent à côté des deux tiers de la réalité, pour ne pas dire plus.
      Prescott sait rendre justice à la complexité humaine. C'est justement pour cela qu'il faut le lire.

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    2. Admettons.
      J'ai de toute façon pour principe d'éviter la polémique sur des auteurs que je n'ai pas lu.

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    3. La conquête de l'empire aztèque ne fut un promenade militaire, le "Noce triste" dernière du peuple du soleil est là pour le rappeler. Cortes trouva chez les ennemis des Mixicas , des alliés en nombre mais n'ayant pas lu le livre de ce monsiuer, j'attends la suite.

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    4. Tout sauf une promenade en effet. Il sera bien sûr question de la "Noche Triste".

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