Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

lundi 5 mai 2014

Histoire de la conquête du Mexique (3) : Cortès détruit sa flotte



 
Le 18 novembre 1518, Hernan Cortès quitte l’île de Cuba à la tête d’une flotte de 11 navires transportant environ 800 hommes, à destination des côtes du Mexique. Ce départ s’est fait dans le secret et la précipitation car Cortès craignait, à juste titre, que le gouverneur de Cuba, Diego Velázquez de Cuéllar, n’annule l’expédition au dernier moment. C’est donc en quasi renégat que Cortès débarque sur les côtes du Mexique le 22 avril 1519. Il sait que son autorité sur l’expédition est précaire, car il ne fait pas de doute que Velázquez cherchera à lui en arracher le commandement et qu’il fera tout pour le discréditer auprès de la cour d’Espagne, où il possède de puissants appuis. Cortès ne peut donc compter que sur ses qualités personnelles pour assurer son autorité sur ses hommes, et sur le succès pour ratifier son entreprise.
Cortès commence par transformer le campement où les Espagnols se trouvent en une ville, à laquelle il donne le nom de Villa Rica de la Vera Cruz (« La riche ville de la véritable croix »), devenue Veracruz, les Espagnols y ayant débarqué un Vendredi saint, et il s’apprête à marcher vers l’intérieur des terres. Mais dans le camp espagnol les mécontents s’agitent. Cortès va alors prendre une décision qui rentrera dans la légende.


Peu après le départ des commissaires, il survint à Véra-Cruz un évènement de la plus pénible nature. Un certain nombre de personnes, le prêtre Juan Diaz à leur tête, mécontentes de l’administration de Cortès pour différents motifs, ou ne trouvant pas de leur goût la hasardeuse expédition qui se préparait, conçurent le projet de se saisir d’un des navires pour gagner Cuba, et instruire le gouverneur de ce qui se passait. Le complot fut conduit avec tant de mystère, que les conjurés avaient transporté à bord les vivres et la provision d’eau nécessaires au voyage avant que le moindre éveil fut donné. Mais la nuit même où l’on devait mettre à la voile, un des affidés, saisi d’un repentir soudain, révéla tout à Cortès, qui donna aussitôt l’ordre d’arrêter ses complices. On les interrogea ; leur culpabilité étant prouvée, deux des meneurs furent condamnés à la peine de mort, le pilote à perdre les pieds, plusieurs autres au fouet. Le prêtre, qui sans doute était le plus coupable de tous, réclamant le privilège du clergé, on le laissa évader. Un des deux condamnés au gibet était le nommé Escudero, le même alguazil qui avait arrêté Cortès à la porte de son asile à Cuba. On entendit le général s’écrier, au moment de signer l’arrêt, qu’il « regrettait de savoir écrire ». Ce n’était pas la première fois que ces paroles étaient prononcées dans des circonstances semblables (c’est l’exclamation de Néron rapportée par Suétone).
La colonie de Villa-Rica se trouvant définitivement organisée, Cortès envoya Alvarado avec une grande partie de l’armée à Cempoalla, où il le rejoignit bientôt lui-même avec le reste des troupes. Le dernier complot avait une impression profonde sur son esprit. Il y avait donc dans le camp des cœurs pusillanimes, qui ne pouvaient manquer de faire défaut au moment du danger et de répandre des semences de mécontentement. Les plus résolus de ses compagnons, pour le moindre sujet de dégoût ou de désappointement, faibliraient peut-être eux-mêmes, et seraient tentés de renonce à une entreprise trop vaste et trop formidable pour laisser aucune chance de succès si la petite armée s’affaiblissait encore. Tant que le retour à Cuba serait possible, on devrait appréhender de nouvelles défections. Il fallait donc fermer cette porte de refuge à tout le monde, et pour cela détruire la flotte. Ce fut l’audacieuse résolution que prit Cortès sans consulter son armée.
Arrivé à Cempoalla, il communiqua son dessein à ses plus dévoués partisans, qui entrèrent avec ardeur dans ses vues. Par leur entremise, et à l’aide surtout de ces arguments dorés tout puissants sur les esprits vulgaires, il persuada aux pilotes de faire un rapport, où ils déclareraient que les navires avaient essuyés de fortes avaries par suite de violents coup de vent, et que les vers avaient tellement rongé leurs flancs et leurs carènes, que la plupart étaient hors d’état de soutenir la mer, quelques-uns même de rester à flot.
Cortès feignit d’être surpris de cette communication, car « il savait dissimuler », dit Las Casas avec son habituelle bienveillance, « lorsqu’il s’agissait de ses intérêts ». – « S’il en est ainsi, s’écria-t-il, il faut bien se résigner… la volonté de Dieu soit faite ! » L’ordre fut donné de désarmer les cinq vaisseaux les plus maltraités, d’enlever leur voilure, leur gréement, leurs fers, tout ce qu’on pourrait transporter au rivage, et de couler bas leurs carcasses. Quatre autres navires furent également condamnés après une inspection suivie d’un rapport semblable. Il ne resta plus qu’un seul petit bâtiment.
Lorsque cette nouvelle parvint à Cempoalla, elle répandit la consternation parmi les troupes. Les Espagnols se voyaient ainsi séparés d’un seul coup de leurs amis, de leurs familles, de leur patrie. La retraite leur était fermée en cas de revers, et ils avaient à lutter, faible poignée d’hommes, contre un formidable empire. La destruction des cinq premiers navires avait paru nécessaire à tout le monde ; on savait l’activité destructrice des insectes dans les mers tropicales ; mais en apprenant que l’on venait encore de couler quatre vaisseaux, les soldats entrevirent la vérité ; ils se crurent trahis. Les murmures, sourds d’abord, mais de plus en plus violents, firent craindre une rébellion ouverte. Leur général les avait conduits, disaient-ils, comme du « bétail à la boucherie » (Gomara). La situation prenait l’aspect le plus menaçant ; jamais Cortès n’eut tant à redouter de ses propres soldats.
Dans ce moment de crise, sa présence d’esprit ne l’abandonna point. Il assembla ses troupes, et croyant plus sage d’user de persuasion, il leur rappela qu’avant de détruire les navires on avait constaté qu’ils étaient impropres au service ; n’était-ce pas lui d’ailleurs qui avait fait le plus grand sacrifice en cette circonstance ? Ces navires étaient sa propriété, tout ce qu’il possédait au monde. L’armée au contraire ne pouvait que profiter d’un malheur qui lui assurait un renfort de cent hommes vigoureux, composant les équipages. Mais en admettant qu’on eût sauvé la flotte, de quelle utilité pouvait-elle être dans la grande entreprise qu’ils allaient tenter ? Vainqueurs, ils n’en avaient pas besoin, et ils seraient trop avancés dans le pays pour en profiter en cas de revers. Il les suppliait donc de tourner les yeux d’un autre côté. Calculer ainsi les chances de succès, les moyens d’échapper au péril, c’était faire preuve de peu de courage ; ils avaient mis la main à l’œuvre ; regarder en arrière à mesure qu’ils avançaient, c’était courir à leur perte. Il leur répondait au contraire du succès, s’ils retrouvaient leur première confiance en eux-mêmes et dans leur général. « Pour moi, ajouta-t-il, mon parti est pris : tant qu’un seul de vous me sera fidèle, je resterai ici. S’il est des hommes assez lâches pour craindre de partager les dangers de notre glorieuse entreprise, qu’ils s’éloignent, au nom du ciel ! Qu’ils retournent à Cuba ; qu’ils y racontent comment ils ont abandonné leur chef et leurs camarades ; qu’ils y attendent patiemment le jour où nous reviendrons chargés des dépouilles des Aztèques. »
Cortès avait su toucher la corde sensible dans le cœur des soldats. A mesure qu’il parlait, leur ressentiment s’évanouissait ; ils voyaient reparaître de nouveau ces visions de gloire et de richesses un instant évanouies. Ils avaient honte d’avoir pu douter un moment de leur général ; tout leur enthousiasme pour lui s’était rallumé, car ils sentaient bien qu’il n’y avait de triomphe à espérer que sous sa bannière, et pour mieux attester ce revirement dans leurs idées, ils firent retentir l’air de ce cri unanime : « A Mexico ! A Mexico ! »
La destruction de la flotte est l’un des actes les plus remarquables de la vie de Cortès. On trouve sans doute dans l’histoire d’autres exemples du même courage, mais jamais les chances de succès n’étaient aussi précaires, les chances de revers plus affreuses. Une décision si héroïque pouvait passer, en cas d’échec, pour un acte de folie, mais ce n’en était pas moins le résultat d’un froid calcul. La fortune, la renommée, la vie même de Cortès, dépendaient d’un coup de dès ; le sort seul pouvait prononcer. Il n’avait, quant à lui, d’autre alternative que de vaincre ou de mourir.

5 commentaires:

  1. En détruisant sa flotte, Cortés ne laissait aucun espoir à ces compagnons de retourne en terre amie, ils devaient donc se battre et vaincre, c'était la seule solution qu'il leurs restait.

    Je ne sais si on peut comparer cette attitude de courage aveugle avec la marche des 10.000 qui vainquirent toutes les armées qui leurs furent opposé dans la perse antique car là aussi , il y avait peut d'espoir d'un retour en terre grecque.

    Nous pouvons remarquer que souvent de petits contingents de soldats occidentaux résistèrent ou vainquirent des armées ou des empires non européens.

    On peut trouver une éventuelle réponse dans l'art occidentale de faire la guerre mais là c'est une autre histoire.

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    1. Ce qu'a fait Cortès ne peut pas vraiment se comparer à la retraite des dix milles car lui c'est volontairement qu'il s'est ôté tout moyen de revenir en arrière, alors que les dix milles se sont retrouvés isolés en Perse par hasard, du fait de la mort de Cyrus.
      Et oui, bien sûr, les Espagnols étaient très supérieurs militairement aux peuples du Mexique. Heureusement pour eux d'ailleurs, puisqu'ils étaient si peu nombreux...

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    2. Il est certain que les épées en bon acier de Tolède étaient supérieures au macuahuit des guerriers mexicaa qui pourtant étaient capables de couper un homme en deux ou de trancher la tête d'un cheval.

      De plus les espagnols abattaient les officiers et les meilleurs guerrier qui étaient reconnaissables aux bannières qu'ils portaient dans le dos, les mexicaa furent aussi très impressionnés par les chiens de guerre qui accompagnaient les espagnols.

      Les aztèques cherchaient à faire des prisonniers afin de les sacrifier aux dieux, une forme différente de faire la guerre.

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    3. Oui, les armes mexicaines en obsidiennes étaient redoutablement tranchantes mais elles s'émoussaient très vite. Très inférieures donc à des épées en acier.
      Et ce que vous dites sur le fait de tuer les chefs indigènes est exact, c'est même ce qui a sauvé les Espagnols à la bataille d'Otumba;
      Mais la différence essentielle venait tout simplement de leur discipline et de leur technique collective supérieure.
      Pour le dire tout simplement, ils étaient plus civilisés. C'est un peu la même chose que les Romains avec les peuples de Gaule.

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    4. Les légions romaines éprouvèrent plus de difficultés à vaincre les perses sassanides et autres orientaux,

      Pourtant face aux germains, ils connurent la défaite certes dans un milieu hostile qui ne se prêtait aux manœuvres de leurs légions, ici j'évoque la bataille de Teutobourg et la lamentation d' Auguste " “Quintilius Varus, rends-moi mes légions !” » ; mais ici je m' égare.

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