Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

mercredi 25 juin 2014

Puisqu'on vous dit qu'il faut po-si-ti-ver !




La notation positive (dites aussi « notation école des fans ») est donc la dernière lubie éducative des grands malades qui nous gouvernent. On peut à juste titre être consterné et révolté par tant de démagogie, de bêtise, et d’indifférence vis-à-vis des conséquences que ces « notes positives » ne manqueront pas d’avoir sur un grand nombre d’enfants, mais il convient aussi de remettre un peu les choses en perspectives. Cette histoire de « positivation » est déjà ancienne, et notre actuel ministre de l’éducation nationale ne vient que de descendre une marche supplémentaire vers les abîmes, apparemment sans fond, de l’abêtissement collectif, laïque et obligatoire.
J’en veux pour preuve ce passage tiré du livre Collèges de France, de Mara Goyet, publié en… 2003.

Les bulletins avec leurs couleurs d’encre et leurs écritures variées n’ont plus cours dans mon collège. Ils sont désormais informatisés. On les remplit chez soi, ce qui est évidemment plus pratique. On ne passe plus ces interminables fins d’après-midi en salle des profs à attendre qu’un collègue ait terminé de remplir une classe qu’il partage avec vous. En revanche on ne peut plus voir ce qu’écrivent les autres ce qui s’avérait être une grande source d’inspiration et de progrès dans la rhétorique bulletinesque. On écrit à la maison, loin de l’ambiance du collège, du bruit des élèves. On rédige hors contexte.
On s’efforce aussi de se conformer aux normes édictées par Ségolène Royal dans le Bulletin Officiel du 15 juillet 1999. (Je ne sais si cela relève du hasard, mais les BO les plus niais sortent souvent en juillet. Quand le professeur randonne joyeusement.) Elle nous enjoint ainsi d’éviter les formules vagues, réductrices et humiliantes. Il s’agit d’endiguer la folie meurtrière de l’enseignant qui, sans doute, ne manquait pas jusque-là d’inscrire sur le bulletin : « nul à chier », « peut peu », « ferait mieux de mourir » ou « élève qui n’a rien pour lui. Le ton est donné par cette phrase : « La sévérité, pour être utile, doit être associée à un regard positif et prospectif. » « Positif » est le mot fétiche de l’Education nationale qui, s’épuisant dans une quête sans fin de la positivité, cherche à en injecter là où elle le peut. Nous émettons l’hypothèse que l’emploi du terme « positif » doit plus aux magasins Carrefour qu’à Auguste Comte. Le terme « prospectif », quant à lui, indique qu’il faut se tourner vers l’avenir et non ressasser le douloureux passé d’un trimestre, qu’il faut sortir des petites rancunes et des aigreurs. En un mot, il faut oublier. Le bien et l’espoir sont comme les dieux tutélaires du bulletin. Le bulletin est comme la vitrine dorée de l’éducation nationale.
Notre tâche est alors de valoriser les efforts, de donner des conseils pour progresser (des trucs sophistiqués et inédits, qui demandent l’avis d’un spécialiste, comme travailler, faire ses devoirs, écouter en cours). Il nous faut ensuite prendre en compte les compétences « qui ne portent pas directement sur les performances scolaires : sens de l’initiative, autonomie, prise de responsabilité, travail fourni ». Il ne manque plus que sympa, souriant, capable de se dénoncer, met une bonne ambiance, véritable cordon-bleu, jolie, rigolo. Après avoir bien « positivé » on s’attaque donc à la personnalité de l’intéressé, ce qui relève, naturellement, de nos attributions et semble être considéré comme éminemment respectueux vis-à-vis de l’élève. Tout se passe comme si le ministère craignait d’envisager l’idée que certains n’ont rien pour eux. Comme s’il cherchait, avec une apparente gentillesse, à chasser de mauvaises pensées que les profs, quotidiennement en contact avec les élèves, ne partagent pas. Comme s’il était effrayé par sa propre « négativité » et avait peur que les choses soient dites. Il enjoint ainsi de les formuler plus positivement, certes, mais peut-être aussi plus cruellement et définitivement (on est loin du positif et du prospectif).
Grâce à ces conseils avisés, nous pourrons expliquer à un élève qu’il a positivement une moyenne qui monte vers le bas, lui délivrer les secrets de la réussite (bosser un peu) et conclure par une petite remarque sur son formidable sens de la vie en collectivité et de l’animation (foutre le bordel en cours, par exemple). On retrouve ici, comme souvent dans l’Education nationale, ce mélange assez pernicieux de nunucherie et de cruauté, de bonne conscience et d’impensé, de niaiserie et d’agressivité, de subtilité apparente et de balourdise profonde.

2 commentaires:

  1. Je me demande si à la place du rouge qui montre un échec positif, le rose ne serait pas mieux car quand il s'agit de positiver sur une cagade monstrueuse, le rose socialiste convient parfaitement.

    Tu as un zéro mon enfant, soit positif tu aurais pu avoir moins dix, tout va bien, et là il est content le mioche!

    RépondreSupprimer
  2. Quelques bibliothèques en ligne :

    http://www.freepdf.info
    http://www.balderexlibris.com
    http://www.histoireebook.com
    http://www.aryanalibris.com
    http://www.pdfarchive.info
    http://www.the-savoisien.com

    RépondreSupprimer