Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

vendredi 28 novembre 2014

Prison : savoir de quoi l'on parle





La prison, il y a ceux qui font des rapports et des lois à son sujet, et puis il y a ceux qui la connaissent ; et malheureusement ce ne sont presque jamais les mêmes personnes, hier comme aujourd’hui.

En témoigne cet entretien entre Tocqueville et Elam Lynds, qui fut directeur des pénitenciers d’Auburn et de Sing-Sing.

- AT : Croyez-vous en définitive à la réforme d’un grand nombre de détenus ?

- EL : Il faut nous entendre : je ne crois pas à la réforme complète, excepté pour les jeunes délinquants. Rien de plus rare, à mon avis, que de voir un criminel d’un âge mûr devenir un homme religieux et vertueux. Je n’ajoute point de foi à la sainteté de ceux qui sortent de prison ; et je ne crois pas que les conseils du chapelain ni les méditations du détenu fassent jamais de lui un bon chrétien. Mais mon opinion est qu’un grand nombre d’anciens condamnés ne retombent point en récidive, et que même ils deviennent des citoyens utiles, ayant appris en prison un état, et y ayant contracté l’habitude constante du travail. Voilà la seule réforme que j’aie jamais espéré produire, et je pense que c’est la seule que la société puisse demander.

- AT : Que pensez-vous que prouve pour la réforme future la conduite du détenu en prison ?

- EL : Rien. S’il fallait porter un pronostic, je dirais même que le détenu qui se conduit bien en prison retournera probablement à ses anciennes habitudes en sortant du pénitencier. J’ai toujours remarqué que les plus mauvais sujets faisaient d’excellents détenus. Ils ont en général plus d’adresse et d’intelligence que les autres ; ils aperçoivent plus vite et plus complètement que la seule manière de rendre leur sort moins intolérable est d’éviter les punitions douloureuses et répétées qui seraient la suite infaillible de l’insubordination ; ils se conduisent donc bien sans en valoir mieux. Le résultat de cette observation, c’est qu’on ne doit jamais accorder au détenu son pardon uniquement à cause de la conduite qu’il tient en prison. On ne parvient ainsi qu’à créer des hypocrites.

- AT : Le système que vous combattez est pourtant celui de presque tous les théoristes.

- EL : En cela comme en beaucoup d’autres points ils se trompent parce qu’ils connaissent mal ceux dont ils parlent. Si M. de Livingston, par exemple, était chargé d’appliquer ses théories pénitentiaires à des hommes nés comme lui dans une position sociale où l’intelligence est fort développée et la sensibilité morale très excitée, je crois sans peine qu’il arriverait à produire d’excellents résultats ; mais les prisons sont au contraire remplies d’êtres grossiers, dont l’éducation est nulle, et qui ne perçoivent qu’avec difficulté les idées et souvent même les sensations. C’est là ce qu’il oublie sans cesse.

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