Pascal disait que tout le malheur des hommes venait de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.
Je le paraphraserais volontiers en disant qu’une bonne partie de nos maux viennent de ce que nos gouvernants ne savent demeurer en repos à leur place ; qu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’agir, de décider, de légiférer, de décréter, chaque jour que Dieu fait, sans se laisser ni le temps de la délibération ni le temps de l’observation. Tout problème qui se résout par l’action tranquille des simples citoyens parait un échec pour eux ; tout problème pour lequel aucune solution satisfaisante n’existe, et qu’il conviendrait donc de tolérer par crainte d’empirer la situation, est une intolérable offense personnelle, et malheur à celui qui leur suggérerait que ne pas agir est parfois le meilleur service qu’ils pourraient rendre à leur pays.
Que ne peuvent-ils méditer ce que Burke écrivait à un membre de l’Assemblée Nationale, au début de 1791 :
« Je tiens cet effort continu et ininterrompu des membres de votre Assemblée pour une des causes des maux qu’ils ont provoqué. Ceux qui travaillent sans trêve ne peuvent pas avoir de véritable jugement. Vous ne vous donnez jamais le temps de retrouver votre sang froid. Vous ne pouvez jamais examiner, à partir de la perspective qui convient, le travail que vous avez terminé, avant d’ordonner qu’il y soit mis un point final. Vous ne pouvez jamais planifier le futur à partir du passé. Vous n’allez jamais par le pays pour observer, avec calme et sérénité, quels effets vos mesures produisent sur leurs objets. Vous ne pouvez jamais sentir clairement dans quelle mesure le peuple a vu sa condition améliorée ou dégradée par ce que vous avez fait, s’il s’est dépravé ou s’il est devenu meilleur. Vous ne pouvez pas voir de vos propres yeux les souffrances et les malheurs que vous provoquez. Vous les connaissez, mais à distance, à travers les propos de ceux qui flattent toujours le pouvoir en place et qui, tout en vous présentant les doléances, attisent votre colère contre les opprimés. Tels sont quelques uns des effets d’un labeur incessant, lorsque les hommes épuisent leur attention, brûlent leur chandelle par les deux bouts, et se retrouvent dans l’obscurité. - Malo meorum negligentiam, quam istorum historum obscuram diligentiam. »
Superbe article ! ce grenier est un bureau.
RépondreSupprimerDe plus cette phrase de Pascal est ma préférée (elle semble vanter ma nature, disons, contemplative, je la cite à toute occasion) et De la Tour me fascine.
Merci Dixie.
RépondreSupprimerJe me permets juste de signaler que la phrase de Pascal est un peu trompeuse, car ce que dit Pascal ensuite est que justement il est impossible que les hommes restent en repos. Ils ont besoin de se "divertir" de leur condition mortelle.
Bon, que cela ne vous empêche pas de continuer à citer cette phrase, qui, me semble-t-il, reste largement vraie même sortie de son contexte.
Ce grenier est ma joie du jour !
RépondreSupprimerIl est peu fréquenté, mais uniquement par des personnes de qualité^^.
RépondreSupprimerAh, Cher Aristide, vous nous comblez avec ces portes ainsi entrouvertes. Je ne puis prétendre à autant mais permettez-moi de vous suggérer d'ajouter dans votre grenier un "L’Art de persuader, de Pascal, précédé par L’Art de conférer, de Montaigne" mais prenez garde à ne vous saisir que de la version accompagnée d'une préface d'un Monsieur, un certain M. Fumaroli.
RépondreSupprimerMerci, c'est bien aimable. Je note la recommandation.
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