Quid?
Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.
Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.
Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.
Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.
Bonne fouille.
mercredi 18 décembre 2013
Tempérament français (II)
dimanche 15 janvier 2012
"O that she were an open-arse..."
BENVOLIO. Romeo! my cousin Romeo!
MERCUTIO. He is wise;
And, on my life, hath stol'n him home to bed.
BENVOLIO. He ran this way, and leap'd this orchard wall:
Call, good Mercutio.
MERCUTIO. Nay, I'll conjure too.
Romeo! humours! madman! passion! lover!
Appear thou in the likeness of a sigh:
Speak but one rhyme, and I am satisfied;
Cry but 'Ay me!' pronounce but 'love' and 'dove;'
Speak to my gossip Venus one fair word,
One nick-name for her purblind son and heir,
Young Adam Cupid, he that shot so trim,
When King Cophetua loved the beggar-maid!
He heareth not, he stirreth not, he moveth not;
The ape is dead, and I must conjure him.
I conjure thee by Rosaline's bright eyes,
By her high forehead and her scarlet lip,
By her fine foot, straight leg and quivering thigh
And the demesnes that there adjacent lie,
That in thy likeness thou appear to us!
BENVOLIO. And if he hear thee, thou wilt anger him.
MERCUTIO. This cannot anger him: 'twould anger him
To raise a spirit in his mistress' circle
Of some strange nature, letting it there stand
Till she had laid it and conjured it down;
That were some spite: my invocation
Is fair and honest, and in his mistress' name
I conjure only but to raise up him.
BENVOLIO. Come, he hath hid himself among these trees,
To be consorted with the humorous night:
Blind is his love and best befits the dark.
MERCUTIO. If love be blind, love cannot hit the mark.
Now will he sit under a medlar tree,
And wish his mistress were that kind of fruit
As maids call medlars, when they laugh alone.
O Romeo, that she were, O, that she were
An open-arse, and thou a poperin pear!
Romeo, good night: I'll to my truckle-bed;
This field-bed is too cold for me to sleep:
Come, shall we go?
BENVOLIO. Go, then; for 'tis in vain
To seek him here that means not to be found.
BENVOLIO. Roméo ! mon cousin, Roméo !
MERCUTIO. Il est sage et, sur ma vie, il a filé au lit.
BENVOLIO. Il est parti par là et a sauté le mur du verger. Appelle, Mercutio !
MERCUTIO. Mieux, je vais l’invoquer.
Roméo ! fantaisies ! toqué ! passion ! amant !
Prends l’aspect d’un soupir et manifeste toi.
Parle ! Rien qu’un distique et je serais content.
Sanglote un « hélas ! ». Fais rimer « belle » avec « tourterelle ».
Allons, un mot flatteur pour commère Vénus,
Un petit nom pour Cupidon, son fils et héritier,
Ce jeune Adam bigleux, mais qui mit dans le mille
Quant le roi Cophétue s’éprit d’une pauvresse !
Il n’entend point, ne bouge point, ne remue point.
Le singe savant fait le mort, et je dois l’invoquer.
Eh bien, par l’oeil vif de Rosaline,
Par son grand front et ses lèvres écarlates
Par son pied menu, sa jambe svelte, ses deux cuisses frémissantes
Et par le contigu, le domaine qui les jouxte,
Je t’adjure de te montrer tel que tu es.
BENVOLIO. S’il t’entend, il va se mettre en colère.
MERCUTIO. Cela ne saurait le mettre en colère. Si dans l’anneau mystique
De sa chère maîtresse je faisais se dresser
Un esprit d’étrange nature, le laissant là, bien raide,
Jusqu’à ce qu’elle l’ait apaisé et rabattu,
Il aurait lieu de se fâcher. Mon invocation
Est décente et honnête. Au nom de sa maîtresse,
Celui que je veux faire se dresser, c’est lui.
BENVOLIO. Allons-nous-en. Il s’est caché parmi ces arbres
Pour marier ses humeurs aux humeurs de la nuit.
Aveugle est son amour : peu lui chaut la clarté.
MERCUTIO. Si l’amour est aveugle, il va mettre à côté.
Il lui reste à se poster sous un néflier
Imaginant que sa maîtresse est nèfle molle,
Ce fruit qui tant amuse en secret les pucelles.
Ah, Roméo, que n’est-elle... ! Ah, que n’est-elle
Une nèfle entrouverte, et toi une longue poire !
Bonne nuit Roméo. Moi je décampe : au lit !
Ce lit de campagne est trop froid à mon gré.
Alors, nous y allons ?
BENVOLIO. Allons-y, il est vain
D’espérer débusquer qui veut rester caché.
Roméo et Juliette, Acte II scène 1.
« On oublie facilement combien les deux premiers actes de Roméo et Juliette sont obscènes. Les deux jeunes gens sont entourés de personnages qui parlent du sexe très explicitement et de la manière la moins romantique qui soit.
(...)
L’obscénité est le moins âpre des principes comiques, et elle n’est pas absolument inutile si l’homme a besoin de prendre quelque distance critique à l’égard des mythes familiaux comme des désirs érotiques qui sont la source de la famille. L’obscénité est assurément une chose basse, mais ce ne sont pas toujours les personnages les plus vils ou les moins intéressants qui sont obscènes dans Shakespeare, comme il est manifeste par l’exemple de Falstaff.
(...)
A coup sûr l’obscénité va à l’encontre de la dimension morale de l’amour qui comporte fidélité, confiance, réciprocité et permanence de l’attachement. Mais elle ne conduit pas à conclure qu’il n’y a pas d’attachement érotique naturel. Simplement elle rend plus ambigüe, et par là-même elle nous aide à approfondir, toute cette expérience de l’attirance érotique. Dans le registre de l’amour comme dans celui de l’obscénité, Shakespeare est toujours érotique, ce que ne sont ni notre froide obscénité ni notre science de la sexualité. »
Allan Bloom, L’amour et l’amitié.


