Fréquenter la blogosphère revient à faire une expérience particulière de l’âme humaine.
Bien des gens, en effet, protégés par leur anonymat et le caractère impersonnel des échanges, s’y laisse aller à leurs mauvais penchants. Ils se déboutonnent et semblent prendre plaisir à exhiber les parties les plus laides et les plus ridicules de leur anatomie spirituelle.
La vanité, particulièrement, se montre dans toute son ampleur et dans l’infinie variété de ses formes, sans doute parce qu’elle est un travers si répandue et sans doute aussi parce la blogosphère attire naturellement ceux qui, sans talent particulier, ont néanmoins une haute opinion d’eux-mêmes - ou qui voudraient tellement pouvoir entretenir une haute opinion d’eux-mêmes.
Il est si facile de se croire quelqu’un, seul derrière son écran. Pour beaucoup la tentation est simplement trop tentante.
Pour ne pas développer une misanthropie excessive, et par ailleurs désagréable à vivre, l’internaute fera donc bien de garder à l’esprit qu’internet a un effet déformant et que parfois les hommes valent mieux que leurs masques - parfois seulement, mais parfois quand même (parfois aussi ils sont pires, certes).
Il fera bien également de quitter régulièrement son écran pour s’adonner à la lecture lente et assidue de vieux livres - car ces vieux ouvrages, écrits avec un soin dont nous n’avons plus aujourd’hui qu’une trop vague idée, sont un parfait antidote contre la tentation de se croire quelqu’un. Ils nous ramènent sans efforts à notre vraie place et nous rappellent ce qu’est la véritable grandeur. Ils nous apprennent l’humilité, l’admiration et les vertus de la rumination. Et par ailleurs ils regorgent d’excellents conseils.
Tel celui-ci, que j’ai récemment retrouvé chez Sénèque. Ne jurerait-on pas que le précepteur de Néron connaissait internet, deux mille ans avant son apparition ?
« Il faut donc nous accoutumer à regarder les vices des hommes non comme odieux, mais comme ridicules ; imitons Démocrite plutôt qu’Héraclite. Car celui-ci pleurait toutes les fois qu’il sortait en public ; celui-là riait. L’un, dans tout ce que nous faisons, ne voyait que misère, l’autre que folie. Il faut donc attacher à tout peu d’importance, et tout supporter avec calme ; il est plus dans l’humanité de se moquer de la vie que de la déplorer. D’ailleurs, on mérite mieux du genre humain à en rire qu’à en pleurer. Dans le premier cas on laisse quelque place à l’espérance ; dans le second, il y a sottise à gémir sur ce qu’on désespère de pouvoir corriger. » (De la tranquillité de l’âme)
Merci Aristide! Je me sens tout à fait concernée par ce billet : j'étais en train de m'interroger sur le comment " ne pas développer une misanthropie excessive, et par ailleurs désagréable à vivre"...
RépondreSupprimerJe n'avais pas trouvé mais m'étais déjà un peu consolée en pensant au "biais de recrutement" que constitue en effet internet qui permet à tous les génies de s'exprimer sans s'ennuyer à convaincre un éditeur.
Ah, ah! Oui, effectivement.
RépondreSupprimerVous savez ce que répondais Mitterrand quand on lui demandait quelle était la qualité la plus indispensable pour un homme politique? L'indifférence.
Je crois que c'est vrai également pour tous ceux qui veulent participer activement à la conversation civique, comme nous essayons de le faire.
En anglais il y a une autre formule, tout aussi appropriée : "To suffer fools gladly".
Je pense que pour poster une vidéo directement, il faut coller son URL de partage. je n'ose pas tester ici.
RépondreSupprimerAh mais ici ça marche très bien. C'est lorsque je commente sur les autres sites que ça ne marche pas.
RépondreSupprimerCes mystères nous dépassent...