Il est courant d’entendre aujourd’hui, de la part de ceux qui ont quelques lettres, que les penseurs libéraux seraient « individualistes », en ce sens qu’ils considéreraient les êtres humains comme des individus isolés, séparés les uns des autres, et reliés uniquement par des liens basés sur un calcul égoïste d’intérêt. Ce qui doit bien entendu être compris comme une condamnation dudit « libéralisme », qui n’aboutirait qu’à transformer les sociétés humaines en une poussière d’individus, asociaux, froids, et malheureux. La vie, en régime « libéral », serait en somme « mean, brutish and nasty », à défaut d’être « short » et « poor ».
Cette caractérisation présente quelque vraisemblance, à condition de ne pas y regarder de trop près, lorsque l’on pense à Hobbes ou à Locke. Elle est tout à fait fausse si l’on examine les écrits de Smith et, plus encore, ceux de Montesquieu.
Ce dernier, en bon Français, est sans doute l’un des philosophes qui a le plus profondément réfléchi à la question de la différence des sexes et à ce que cette différence implique pour la vie humaine en général, et pour l’ordre politique en particulier.
« Libéral » et « érotique » ne sont pas des termes que nous avons l’habitude de voir associés, et cependant, si j’osais, il me semble qu’il ne serait pas inapproprié de qualifier les écrits de Montesquieu de « libéralisme érotique ».
Oui, oui, vous avez bien lu. Vous ne me croyez pas ? Plongez-vous par exemple dans les Lettres persanes, en essayant d’oublier les sollicitations vulgaires et incessantes qui nous entourent, et dites moi ce que vous en pensez.
Et pour vous inciter à lire ou à relire ce livre merveilleux, scintillant d’esprit et impressionnant de profondeur, deux extraits, qui ont bien sûr pour sujet la différence :
« Après ce que je t’ai dit des mœurs de ce pays-ci, tu t’imagines facilement que les Français ne s’y piquent guère de constance. Ils croient qu’il est aussi ridicule de jurer à une femme qu’on l’aimera toujours, que de soutenir qu’on se portera toujours bien, ou qu’on sera toujours heureux. Quand ils promettent à une femme qu’ils l’aimeront toujours, ils supposent qu’elle, de son côté, leur promet d’être toujours aimable, et, si elle manque à sa parole, ils ne se croient plus engagés à la leur. » (lettre LV)
« Il faut, pour plaire aux femmes, un certain talent différent de celui qui leur plaît encore davantage : il consiste dans une espèce de badinage dans l’esprit qui les amuse en ce qu’il semble leur promettre à chaque instant ce que l’on ne peut tenir que dans de trop longs intervalles. » (lettre LXIII)
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