J’aime la musique du moyen-âge.
Je dis, la vraie musique du moyen-âge. Pas l’espèce de crin-crin synthétique
que l’on entend trop souvent dans les séries télévisées ou les films censées se
passer à cette période. Non, la musique de cette époque, telle qu’elle nous est
parvenue, jouée par des musiciens professionnels et sur des instruments
reconstituées. C’est la musique de mon enfance. Non, je ne suis pas si vieux
que cela, bande de petits plaisantins. C’est la musique de mon enfance car mon
père en écoutait beaucoup lorsque j’étais enfant et, voyant sans doute en moi
un futur mélomane, m’avait même emmené à des concerts - ce qui, passé la
première demi-heure, avait tout de même un peu barbé le petit garçon que
j’étais.
Mon père avait tort, je ne suis pas devenu un mélomane, mais le goût
de cette musique m’est resté.
Hélas, s’il m’en a transmis le
goût, il ne m’en a pas transmis la connaissance. La faute bien sûr, si faute il
y a, est entièrement la mienne. Je n’ai pas fait l’effort de compléter mon goût
par des lectures qui auraient pu me donner au moins un peu de sa vaste
érudition. Si donc je suis aujourd’hui fort capable de reconnaitre et
d’apprécier la musique de cette époque (le moyen-âge étant fort large, disons à
peu près 1150-1350. C’est un ordre d’idée), je ne suis pas capable d’en parler
intelligemment.
Fort heureusement pour moi, et
pour vous, la technique moderne vient à mon secours en me permettant de vous
faire entendre ce que je ne saurais décrire ni analyser, faute des
connaissances appropriées.
Pour vous faire partager mon
maigre bagage en la matière, j’ai donc confectionné de mes petites mains trois
vidéos, en fait il serait plus juste de dire trois enregistrement avec une
image pour agrémenter.
La première n’est pas de la musique, mais un texte en
vieux français de Guillaume de Machaut (1300-1377), sans doute l’un des
musiciens les plus célèbres de la fin du moyen-âge. Juste pour le plaisir
d’entendre cette langue, ancêtre de la nôtre.
La seconde est le
kyrie de la
Messe à Notre-Dame, du même Guillaume de Machaut.
Enfin la troisième est un morceau
composé par Neidhart von Reuental (vers 1190 - 1240), l’un des plus fameux
Minnesänger, qui étaient à peu près l’équivalent
allemand de nos trouvères et autres troubadours. Le morceau s’intitule
Mayenzeit one neidt. Pourquoi cette
chanson ? Pour sa beauté bien sûr, mais aussi parce que son alacrité vient
utilement contrebalancer une certaine tendance à se représenter les hommes et
les femmes du moyen-âge comme différents de nous, et notamment, pour reprendre
une expression de Pierre Manent, à les voir comme des saints et des saintes de
vitrail. Les hommes et les femmes de cette époque étaient, à l’occasion, tout
aussi paillards, ou bouffons ou sceptiques que nous pouvons l’être. Ils l’exprimaient
simplement différemment.
Un dernier mot sur les
illustrations. La première est une miniature du
XIVe
siècle représentant la Nature offrant à Guillaume de Machaut trois
enfants :
Sens, Rhétorique et
Musique. La seconde est simplement la couverture du CD de la Messe à Notre Dame
que j’ai utilisé (et que je vous recommande). La troisième est censée être un portrait de Neidhart von
Reuental, qui se trouve dans le Codex Mannesse, le plus grand recueil du Minnesang que
nous possédions .
Et maintenant, musique !
Dans les couloirs du métro, j'ai rencontré une dame chantant des airs médiévaux ce qui attira le réactionnaire que je suis. Elle jouait du psaltérion et faisait parti d'un ensemble médiéval amateur, elle m'expliqua que de jouer dans les couloirs du métro lui permettait se mettre du beurre dans les épinards, n'ayant pas de subventions pour vivre de sa passion.
RépondreSupprimerElle avait un site mais il a disparu depuis.
http://www.youtube.com/watch?v=T6hoOGv1z3A
J'ai eu l'occasion de présenter, dans une existence antérieure et lointaine et des pays aussi lointains que peu francophones, les récitals d'Ars Antigua de Paris : musique et instruments médiévaux. Si les spectateurs étaient pratiquement arrivés à cheval, ils n'en ont pas moins été ravis et fort intéressés. Le temps perdu avait-il été retrouvé ? (aucune publicité ici)
RépondreSupprimerJe vois que j'ai des amateurs. Peut-être y aura-t-il une suite alors.
RépondreSupprimerça va super bien avec votre château, nul ne peut le nier.
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