Il semble entendu que Louis XIV fut un grand roi, peut-être
même le plus grand de nos rois.
La France devenu le plus puissant
royaume d’Europe, l’autorité royale enfin incontestée après tant de troubles et
de guerres civiles, les arts florissants, Versailles...
Je comprends bien tout cela, et
cependant je ne parviens pas à me ranger à ce jugement, car il me semble que la
vraie grandeur d’un roi ne saurait être séparée de la bonté de son
gouvernement. Or que dire du gouvernement de Louis XIV ? Les arts y furent
certes portés à un très haut degré de perfection, en partie grâce aux
encouragements que leur prodigua le roi. Mais enfin, une fois attribué au
monarque la part qui lui est due, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas
l’auteur de ces œuvres d’exception. Ce n’est point lui le génie, c’est Racine,
c’est Molière, c’est Le brun, c’est Le nôtre, et tant d’autres encore.
Peut-être, après tout, Louis XIV a-t-il simplement eu la chance d’être le
contemporain de tant d’excellents esprits.
Et pour le reste... la guerre
incessante, l’Europe liguée contre la France, la ruine de l’Etat, la misère
terrible du peuple, la révocation de l’Edit de Nantes, le despotisme
administratif grandissant...
Non, décidément, je ne peux me
décider à voir en Louis XIV un grand
roi. Un roi autoritaire, absolu, puissant, oui, mais grand, certainement pas.
Et je ne peux pas m’empêcher non
plus de voir dans l’admiration qui lui est voué une manifestation de ce défaut
bien français, qui consiste à préférer donner au monde des leçons plutôt que
des exemples.
***
« Près de la dixième partie
du peuple est réduite à la mendicité. Des neuf autres parties, il y en a cinq
qui ne sont pas en état de faire l’aumône à celle-là. » (Vauban)
*
Il avait dans leur perfection
toutes les vertus médiocres et le commencement de toutes les grandes...; trop
peu d’esprit pour un grand homme... ; grand avec ses courtisans et les
étrangers, petit avec ses ministres.
Louis ne travaillait qu’à
réveiller contre lui la jalousie de l’Europe. Il semblait avoir formé le projet
de l’inquiéter plutôt que de la conquérir. Le génie d’un grand politique
cherche à établir la puissance avant de la faire sentir ; le génie de
Louis était de la faire sentir avant de l’avoir établie.
Il avait une ambition si fausse
qu’il se ruinait à prendre des places qu’il savait qu’il serait obligé de
rendre ; il ambitionnait un certain genre d’héroïsme dont les histoires ne
nous ont pas encore donné d’exemples. (Montesquieu)
*
La révocation de l’édit de Nantes,
sans le moindre prétexte et sans aucun besoin, et les diverses proscriptions
plutôt que déclarations qui la suivirent, furent les fruits de ce complot
affreux qui dépeupla un quart du royaume, qui ruina son commerce, qui
l’affaiblit dans toutes ses parties, qui le mit si longtemps au pillage public
et avoué des dragons, qui autorisa les tourments et les supplices dans lesquels
ils firent réellement mourir tant d’innocents de tout sexe par milliers, qui
ruina un peuple si nombreux, qui déchira un monde de familles, qui arma les
parents contre les parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim,
qui fit passer nos manufactures aux étrangers, fit fleurir et regorger leurs
Etats aux dépens du nôtre et leur fit bâtir de nouvelles villes, qui leur donna
le spectacle d’un si prodigieux peuple proscrit, nu, fugitif, errant sans
crime, cherchant asile loin de sa patrie. Qui mit nobles, riches, vieillards,
gens souvent très estimés pour leur piété, leur savoir, leur vertu, des gens
aisés, faibles, délicats, à la rame et sous le nerf très effectif du comite
pour cause unique de religion. Enfin qui, pour comble toutes horreurs, remplit
toutes les provinces du Royaume de parjures et de sacrilèges, où tout
retentissait d’hurlements de ces infortunés victimes de l’erreur, pendant que
tant d’autres sacrifiaient leurs consciences à leurs biens et à leur repos, et
achetaient l’un et l’autre par des abjurations simulées, d’où sans intervalle
on les traînait à adorer ce qu’ils ne croyaient point, et à recevoir réellement
le divin Corps du Saint des saints, tandis qu’ils demeuraient persuadés qu’ils
ne mangeaient que du pain, qu’ils devaient encore abhorrer. Telle fut
l’abomination générale enfantée par la flatterie et la cruauté. (Saint-Simon)
*
Petty and mediocre in all except his lusts and
power, the Sun King disturbed and harried mankind during more than fifty years
of arrogant pomp. (Churchill)
Aristide,
RépondreSupprimerVous allez vous faire tirer les oreilles en pointe par certains royalistes surtout les légitimistes.
Votre billet excellent au demeurant(comme d' hab) m' a fait penser à l' affaire Calas, d' où fut tirée un téléfilm dans la "Caméra explore le temps"; je suis allé au théâtre voir une comédienne l'interpréter seule sur scène.
http://www.billetreduc.com/56319/evt.htm.
J'avoue à ma grande honte m' être endormie à la moitié mais c'est une habitude chez moi de m' assoupir dans les théâtres. méa culpa, méa maxima culpa.
Oh, me faire tirer les oreilles.. il passe peu de monde ici, c'est un grenier. Et puis c'est sans prétention. Je ne fais guère qu'entasser ici des bribes de réflexion que je n'ai pas le loisir ou le goût de développer.
SupprimerSi la pièce est mauvaise et le fauteuil confortable, il n'y a pas de honte à dormir au théâtre.
Quelque soit la pièce de théâtre ou l'endroit, je m' endors facilement même si le sujet comme une piece sur les poèmes de François Villon et quand je dis dormir, je devrais pour exact écrire ronfler bruyamment.
SupprimerSi, un retour d'un roi se faisait sentir, je voudrais une copie de la Magna-Carta, cela éviterait les erreurs de l' absolutisme.
Avec l'absolutisme, la monarchie française a creusé sa propre tombe. Vous n'évoquez pas les jansénistes mais ils ont été persécutés par le roi soleil, qui a ordonné la destruction de l'abbaye de Port-Royal. Même les tombes des religieuses enterrées dans l'église ont été exhumées afin qu'il ne subsiste plus rien de cette communauté. On pense au saccage des dépouilles royales à Saint-Denis lors de la révolution française, juste retour de bâton. D'ailleurs, beaucoup de jansénistes ont participé à la révolution, comme le rappelle un numéro du magazine L'Histoire ce mois-ci.
RépondreSupprimerLe costume de Louis XIV était trop grand pour ses successeurs, ils n'ont pas su adapter la monarchie à la modernité.
Oui, sans doute. C'est, entre autres, la thèse de Tocqueville dans l'Ancien Régime et la Révolution.
SupprimerEt vous avez bien sûr raison de rappeler l'épisode de Port-Royal.
Sur Louis XIV?
RépondreSupprimerEn 1664, Louis XIV, soucieux de marquer le début de son règne par une action d'éclat, envoya la totalité de sa marine et ses meilleurs régiments sur les côtes d'Algérie afin d'y implanter une base française. Quand les Français s'emparent du petit port kabyle de Gigeri, ils s'attendent à être reçus en libérateurs du joug turc ; or ils se heurtent à de redoutables guerriers berbères.
Episode oublié de l'histoire.
Loin de moi l'idée de minimiser les funestes conséquences de la révocation de l'Edit de Nantes (d'autant plus que mon épouse est huguenote!), mais je vous propose une petite comparaison fort instructive: la fourchette d'estimation de l'émigration consécutive à cette révocation est très large, mais les chiffres les plus plausibles sont de l'ordre de 200 000, soit 1% de la population française de l'époque. Le nombre de Français ayant fui l'augmentation de la pression fiscale depuis une trentaine d'années est compris entre 2 millions et 2 millions et demi, soit, rapporté à la population française, environ 4 fois plus! A méditer...
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