Un récent échange chez
Jacques Etienne sur les mérites du tourisme en Espagne m’a fait me souvenir du fameux
passage des
Mémoires de Saint Simon
concernant « la catastrophe de la princesse des Ursins ». Passage que
je vous livre incontinent, pour votre édification et parce qu’il corrobore
parfaitement
Astérix en Hispanie, ce
qui prouve que Saint Simon n’était quand même pas n’importe qui.
Juste un mot d’explication pour
comprendre ce qui suit. Marie-Anne de la Trémoille, Princesse des Ursins, fut Camerara Mayor de la première épouse du
roi d’Espagne, Philippe V, un poste qui lui donnait une très grande influence
politique dans le royaume. Lorsque celle-ci décéda et que le roi se remaria, la
nouvelle épouse de Philippe V, Elisabeth Farnèse, fit prestement renvoyer à la
première occasion cette femme bien trop puissante à son goût. Et pour éviter
que la Princesse des Ursins ne puisse faire quoi que ce soit contre cette
disgrâce soudaine, la reine d’Espagne usa d’un procédé pour le moins cavalier, comme vous l’allez voir.
(Ci dessous un portrait de la
Princesse des Ursins)

« A l’instant elle [la reine
d’Espagne] appelle Amezaga, lieutenant des gardes du corps, qui commandait le
détachement qui était auprès d’elle, et en même temps l’écuyer qui commandait
ses équipages ; ordonne au premier d’arrêter Mme des Ursins, et de ne la
point quitter qu’il ne l’eut mise dans un carrosse avec deux officiers des
gardes sûrs et une quinzaine de gardes autour du carrosse ; au second de
faire sur-le-champ venir un carrosse à six chevaux et deux ou trois valets de
pied, de faire partir sur l’heure la princesse des Ursins vers Burgos et
Bayonne, et de ne se point arrêter. (...) Mme des Ursins fut donc arrêtée à
l’instant et mise en carrosse avec une de ses femmes de chambre, sans avoir eu
le temps de changer d’habit ni de coiffure, de prendre aucune précaution contre
le froid, d’emporter ni argent ni aucune autre chose, ni elle ni sa femme de
chambre, et sans aucune sorte de nourriture dans son carrosse, ni chemise ni
quoi que ce soit pour changer ou se coucher. Elle fut donc embarquée ainsi avec
les deux officiers des gardes qui se trouvèrent prêts dans le moment ainsi que
le carrosse, elle en grand habit et parée comme elle était sortie de chez la
reine. Dans ce très court tumulte, elle voulut envoyer à la reine, qui
s’emporta de nouveau de ce qu’elle n’avait pas encore obéi, et la fit partir à
l’instant. Il était lors près de sept heures du soir, la surveille de Noël, la
terre toute couverte de glace et de neige, et le froid extrême et fort vif et
piquant, comme il est toujours en Espagne. (...) La nuit était si obscure qu’on
ne voyait qu’à la faveur de la neige. (...) La longue nuit d’hiver se passa
ainsi tout entière, avec un froid terrible, rien pour s’en garantir, et tel que
le cocher en perdit une main. La matinée s’avança ; nécessité fut de
s’arrêter pour faire repaître les chevaux ; mais, pour les hommes, il n’y a quoi que ce
soit dans les hôtelleries d’Espagne, où on vous indique seulement où se vend
chaque chose dont on a besoin. La viande est ordinairement vivante, le vin
épais, plat et violent ; le pain se colle à la muraille, l’eau souvent ne
vaut rien ; de lits, il n’y en a que pour les muletiers ; en sorte
qu’il faut tout porter avec soi, et Mme des Ursins ni ce qui était avec elle
n’avaient chose quelconque. Les œufs, où elle put en trouver, furent leur
unique ressource, et encore à la coque, frais ou non, pendant toute la route. «
Elle aurait du se déplacer avec cette automobile.
RépondreSupprimerhttp://www.thesandiegocollection.com/cgi-bin/showroom/detail.cgi?id=2158
C'est autre chose que les automobiles espagnoles de nos jours.
Uh-uh-uh. Mais je ne suis pas sûr que les routes d'Espagne supporteraient le passage de tels engins. A part les char à boeufs...
SupprimerSi ces images n'arrivent pas à vous convaincre que certaines automobiles ont une tenue de route à toutes épreuves.
Supprimerhttp://www.youtube.com/watch?v=c6PQ49B5Gpw&feature=player_embedded
Je vous accorde que les véhicules en question ne sont espagnols.
Viva la muerté, viva
J'ai le vertige rien que de regarder...
SupprimerCa s'est bien amélioré quand même en Espagne, non ?
RépondreSupprimerLes nids de poule ne sont pas une exclusivité espagnole :
en Guyane, à Pâques, les gens ont l'humour de placer des oeufs dans les trous des routes ^^.
Mais on évite de lâcher les enfants à la chasse aux oeufs, sinon, le résultat serait pire que celui des piscines.
Sinon, comment cela s'est-il terminé pour la Princesse des Ursins ?
RépondreSupprimerElle a été définitivement dégoûtée des oeufs ?
Comment s'est-elle sortie de ce mauvais pas ?
Bref, je me sens ptit Gibus "Et aprèèèès ?"
Oh, après pas grand-chose. Sa disgrâce a été définitive et elle est morte à Rome quelques années plus tard. Elle avait déjà plus de 70 ans au moment de cet épisode (1714).
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