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| Pour Dixie |
Je me suis aperçu que moi, qui ne perds jamais une occasion de faire l'éloge de Rousseau (un peu aussi, je dois bien le dire, parce que je sais que cela fera rager certains de mes camarades en réaction et que je suis taquin), je n'avais jamais mis à la disposition de mes lecteurs un seul texte du citoyen de Genève. Coupable erreur ! Mais bien facile à réparer. Voici donc un petit extrait de l'Emile, extrait qui, pour aggraver mon cas, est particulièrement sexiste selon les critères actuels - c'est-à-dire plein de bon sens. Ci-dessus une illustration de la première édition de l'Emile. Emile rencontre Sophie.
D'autres extraits suivront.
"Je reviens toujours au principe,
et il me fournit la solution de toutes mes difficultés. J’étudie ce qui est,
j’en recherche la cause, et je trouve enfin que ce qui est est bien.
J’entre dans des maisons ouvertes
dont le maitre et la maitresse font conjointement les honneurs. Tous deux ont
eu la même éducation, tous deux sont d’une égale politesse, tous deux également
pourvus de goût et d’esprit, tous deux animés du même désir de bien recevoir
leur monde, et de renvoyer chacun content d’eux. Le mari n’omet aucun soin pour
être attentif à tout : il va, vient, fait la ronde et se donne mille
peines ; il voudrait être tout attention. La femme reste à sa place ;
un petit cercle se rassemble autour d’elle, et semble lui cacher le reste de
l’assemblée ; cependant il ne s’y passe rien qu’elle n’aperçoive, il n’en
sort personne à qui elle n’ait parlé ; elle n’a rien omis de ce qui
pouvait intéresser tout le monde ; elle n’a rien dit à chacun qui ne lui
fut agréable ; et sans rien troubler à l’ordre, le moindre de la compagnie
n’est pas plus oublié que le premier. On est servi, l’on se met à table :
l’homme, instruit des gens qui se conviennent, les placera selon ce qu’il
sait ; la femme, sans rien savoir, ne s’y trompera pas ; elle aura
déjà lu dans les yeux, dans le maintien, toutes les convenances, et chacun se
trouvera placé comme il veut l’être. Je ne dis point qu’au service personne
n’est oublié. Le maître de la maison, en faisant la ronde, aura pu n’oublier
personne ; mais la femme devine ce qu’on regarde avec plaisir et vous en
offre ; en parlant à son voisin elle a l’œil au bout de la table ;
elle discerne celui qui ne mange point parce qu’il n’a pas faim, et celui qui
n’ose se servir ou demander parce qu’il est maladroit ou timide. En sortant de
table, chacun croit qu’elle n’a songé qu’à lui ; tous ne pensent pas
qu’elle ait eu le temps de manger un seul morceau ; mais la vérité est
qu’elle a mangé plus que personne.
Quand tout le monde est parti,
l’on parle de ce qui s’est passé. L’homme rapporte ce qu’on lui a dit, ce
qu’ont dit et fait ceux avec lesquels il s’est entretenu. Si ce n’est pas
toujours là-dessus que la femme est la plus exacte, en revanche elle a vu ce
qui s’est dit tout bas à l’autre bout de la salle ; elle sait ce qu’un tel
a pensé, à quoi tenait tel propos ou tel geste ; il s’est fait à peine un
mouvement expressif dont elle n’ait l’interprétation toute prête, et presque
toujours conforme à la vérité."
Allons, aristide, soyons sérieux. Vous ne ferez croire à personne que Rousseau était capable de bon sens. Ce texte est forcément apocryphe.
RépondreSupprimerBon, j'avoue, en fait il est de Shakespeare.
SupprimerEt les anthropologues diront avec mansuétude, en se penchant sur de tels écrits venus du fond des âges : " en ces lointaines époques où il y avait un homme ET une femme..."
RépondreSupprimerIl est vrai que ce texte sera sans doute définitivement incompréhensible d'ici une génération ou deux...
SupprimerÇa alors, un billet dédicacé ! Je suis toute émue ! Merci Aristide !
SupprimerJ'étais sûr qu'un peu de Rousseau vous ferait plaisir.
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