
J’ai terminé, il y a peu, L’histoire de la conquête du Mexique,
par le grand historien américain William H. Prescott. C’est peu dire que j’ai
été enthousiasmé. L’histoire en elle-même est proprement fabuleuse et il
faudrait être un très médiocre écrivain pour ne pas être capable d’intéresser
ses lecteurs aux incroyables aventures de Cortès et de ses compagnons. Ajoutez
à cela que Prescott est à la fois un historien de toute première force – il
maitrisait véritablement toutes les sources disponibles à son époque, et je
doute que nous ayons appris depuis quoique ce soit qui remettrait
fondamentalement en cause son récit – et un écrivain très au-dessus du
médiocre, et vous avez toutes les ressources pour un chef-d’œuvre. Mais au
surplus Prescott possède cette inestimable qualité, à mes yeux, d’être
absolument indemne du vice qui infecte tant d’historiens modernes : le
relativisme moral déguisé en objectivité scientifique. Prescott sait très bien
que l’on ne peut pas prétendre avoir compris complètement un événement comme la
conquête du Mexique sans porter en même temps un jugement moral sur cet
événement et sur ses principaux acteurs. Prescott le fait, avec subtilité,
nuance, et fermeté. Ce faisant il nous rend le plus grand service qu’un
historien puisse nous rendre : nous permettre d’accéder à l’universel de
la nature humaine à travers la singularité des événements passés.
Bref, attendez-vous à trouver ici
un certain nombre d’extraits de L’histoire
de la conquête du Mexique, au fur et à mesure que j’aurais le temps de les
recopier. Et je n’ai pas encore lu L’histoire
de la conquête du Pérou…
« L’époque de notre histoire
appartenait encore aux siècles de la chevalerie, à cet âge d’exaltation et
d’aventures dont il est difficile de se former une idée dans notre siècle de
sobre et froide réalité. L’Espagnol, avec son point d’honneur chatouilleux, son
amour du romanesque et son orgueil un peu fanfaron, était le vrai héros de
cette vie poétique ; mais en général les Européens ne s’étaient pas encore
initiés aux habitudes sédentaires du lettré studieux, aux divers métiers de
l’industrie et du commerce, à la patiente culture de la terre ;
occupations et travaux qu’on laissait volontiers aux habitants encapuchonnés
des cloîtres, aux humbles bourgeois des villes et aux misérables serfs. Les
armes étaient la seule profession digne d’un noble sang, la seule carrière
qu’un généreux cavalier pût parcourir avec honneur. Le Nouveau Monde avec ses
étranges et mystérieux dangers lui offrait un noble théâtre, et l’Espagnol s’y
lançait avec tout l’enthousiasme d’un paladin de roman.
D’autres nations parurent aussi
dans le Nouveau Monde, mais avec un but différent. Les Français envoyèrent
leurs missionnaires pour porter la foi parmi les païens, et ces nouveaux
apôtres, dans leur sublime abnégation, semblaient n’ambitionner d’autre
couronne que celle du martyre. Les Hollandais avaient aussi leur mission toute
positive et toute profane. Un trafic lucratif avec les indigènes payait
amplement leurs peines. Quant à nos ancêtres, les puritains, poussés par le
véritable génie des Anglo-Saxons, s’ils abandonnaient leurs foyers de la verte
Angleterre et allaient planter leurs tentes dans le désert, c’était pour y
jouir au moins de la liberté civile et religieuse. Mais l’Espagnol accourait
dans le Nouveau Monde en véritable chevalier errant, cherchant des aventures et
des plus périlleuses, car il semblait aimer le danger pour le danger même. Toujours
prêt à saisir la lance ou l’épée pour la foi, lorsqu’il poussait son vieux cri
de guerre de « San Yago », il s’imaginait combattre sous la bannière
même de l’apôtre, et son bras eut défié cent infidèles ! – Déjà la
chevalerie touchait à son déclin ; mais l’Espagne, la romanesque Espagne,
était le pays que ce brillant soleil aimait à illuminer de ses derniers rayons. »
Beau texte, et très intéressant.
RépondreSupprimerN'est-ce pas? c'est un peu une réhabilitation de Don Quichotte. Notez que, considérés sous un angle un peu différent, ou dans un contexte autre, ces traits de caractères peuvent être vus de manière très négative, comme le fait par exemple Montesquieu.
SupprimerJe veux bien admettre que ça soit bien écrit, mais pour l'objectivité historique, j'ai des doutes.
RépondreSupprimer"Ces nouveaux apôtres, dans leur sublime abnégation, semblaient n’ambitionner d’autre couronne que celle du martyre."
Vraiment? La perspective de laisser leurs noms à des églises du Nouveau Monde, ou d'être en grâce du côté de la papauté n'avait rien à voir là-dedans? L'auteur a dû oublier qu'il avait affaire à des humains.
Dans le même ordre d'idées, il y avait chez les conquistadors un paquet d'aventuriers désœuvrés et qui se sont généreusement enrichis par le pillage. Rien n'est jamais si manichéen. Et aucun type de motivation n'est jamais le monopole d'une nationalité...
Vous êtes injuste avec Prescott. D'abord ce passage n'a pas pour but de décrire précisément la psychologie des Français qui se rendaient dans le nouveau monde, donc l'auteur brosse à grands traits, il généralise, il simplifie, il fait des zamalgames comme on aime à dire aujourd'hui, ce qui est parfaitement admissible dans le contexte, et au surplus il dit bien qu'ils "semblaient" n'ambitionner, etc. ce qui laisse comprendre qu'en réalité les choses n'étaient pas toujours aussi simples.
SupprimerEnsuite ce qui est intéressant chez Prescott c'est précisément qu'il n'est pas réductionniste : il dit très clairement que coexistaient chez les conquistadors des motifs multiples, et que ce qui leur a fait endurer les souffrances et les périls invraisemblables qu'ils ont enduré, c'était un mélange complexe de désir de gloire, d'avidité et de foi chrétienne ardente, évidemment en proportion différentes suivant les individus.
Aujourd'hui les historiens auraient tendance à ne voir dans cette épopée que le désir de s'enrichir, parce que c'est le seul motif qui leur semble réaliste, ce en quoi, à mon avis, ils passent à côté des deux tiers de la réalité, pour ne pas dire plus.
Prescott sait rendre justice à la complexité humaine. C'est justement pour cela qu'il faut le lire.
Admettons.
SupprimerJ'ai de toute façon pour principe d'éviter la polémique sur des auteurs que je n'ai pas lu.
C'est un sage principe.
SupprimerLa conquête de l'empire aztèque ne fut un promenade militaire, le "Noce triste" dernière du peuple du soleil est là pour le rappeler. Cortes trouva chez les ennemis des Mixicas , des alliés en nombre mais n'ayant pas lu le livre de ce monsiuer, j'attends la suite.
SupprimerTout sauf une promenade en effet. Il sera bien sûr question de la "Noche Triste".
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