
« L’étude de l’histoire
économique de la France nous révèle une autre circonstance encore comme ayant
servi d’obstacle au développement de l’esprit capitaliste. Il s’agit de la
prédilection du Français pour la carrière sûre, stable (et honorifique) de fonctionnaire.
Cette « plaie du fonctionnarisme » pour nous servir de l’expression
d’un historien autorisé du commerce français, cette « folie française des
offices » selon l’expression d’un autre auteur non moins autorisé, qui va
de pair avec « le dédain des carrières industrielles et
commerciales » se manifeste dès le XVème siècle et subsiste encore de nos
jours. Elle est un indice de la faible prédisposition des Français à
s’assimiler complètement l’esprit capitaliste. Tous ceux qui le pouvaient se
retiraient de la vie des affaires et se gardaient même d’y entrer et
employaient leur fortune à l’achat d’une charge (ce qui était encore possible
jusqu’au XVIIIème siècle). L’histoire de la France nous fournit des preuves
abondantes de la diffusion de cette mentalité dans toutes les couches de la
population.
A ces tendances se rattache
étroitement (à la fois comme leur cause et comme leur effet) la faible estime
dans laquelle on avait toujours tenu en France, du moins jusqu’à la monarchie
de Juillet, le commerce et l’industrie. En disant cela, je ne fais pas
seulement allusion au fait que les riches cherchaient à acquérir la noblesse,
que les nobles ont été considérés jusqu’à la fin du XVIIIème siècle comme
formant un état privilégié et que la loi elle-même voyait dans le négoce une
occupation « dégradante » : il n’y a rien là de spécifiquement
français, les mêmes tendances et préjugés ayant existe en Angleterre (et y
persistant encore en partie de nos jours). Ce que je veux relever ici, c’est
uniquement le mépris avec lequel on considérait l’activité commerciale et
industrielle, c’est l’opinion dédaigneuse qu’on avait de leur valeur sociale et
qui, si on fait abstraction de l’Espagne, a trouvé en France, jusqu’à une
période assez avancée du XVIIIème siècle, sa plus forte expression.
« S’il y a mépris au monde,
il est sur le marchand », disait au XVIème siècle un bon connaisseur de
son temps, en parlant de la mentalité des couches supérieures de la population
française. A l’époque dont il s’agit, l’Allemagne était encore un des pays qui,
sous ce rapport, pouvait être comparé à la France, l’Angleterre ayant depuis un
certain temps déjà dépassé cette phase. Mais ce que disait Montesquieu (et il
ne fut pas le seul à le dire) vers le milieu du XVIIIème siècle n’était même plus
applicable à l’Allemagne d’alors : « Tout est perdu lorsque la
profession lucrative du traitant parvient encore par ses richesses à être une
profession honorée... un dégoût saisit tous les autres états, l’honneur y perd
toute sa considération, les moyens lents et naturels de se distinguer ne
touchent plus et le gouvernement est frappé dans son principe... ».
Werner Sombart, Les Bourgeois.
Il y a toujours cette même image quand on évoque les fonctionnaires, c'est le type le cul vissé sur son siège devant un bureau.
RépondreSupprimerCela fera bientôt 31 ans que je suis un de ces misérables fonctionnaires et pourtant, je ne m'écrase mollement la raie sur un fauteuil que depuis 13 mois et encore seulement la moitié du temps, le reste je suis debout.
Il y a une confusion entre bureaucratie que l'on trouve dans tous les corps de métier et fonction publique.
Juste pour rire quand on se fracture le coccyx , on vous demande d'acheter une bouée afin de pouvoir vous asseoir, un rond de cuir aurait été plus adéquate mais il est difficile d’en trouver de nos jours.
Le marchand a toujours été méprisé, pourquoi peut être parce qu'il n'ose pas et tous les boutiquiers du monde ne sont pas des Marco-Polo.
La richesse ne rend pas noble sinon certains de nos politiciens s'étant grassement enrichis le deviendraient.
Voyez vous un Hollande,un Lang ou même un Chirac, comte ou baron et pourquoi prince tant qu'on y est.
Dire que nos ancêtres ont viré les nobles pour y mettre des bourgeois qui au moins avaient obtenu leur position par leur travail et maintenant qu'avons nous aux commandes, des paltoquets.
Les fonctionnaires sont comme les auvergnats Grandpas, il en faut toujours quelques-uns, c'est quand il y en a beaucoup que les ennuis commencent. :-)
SupprimerEn fait c'est surtout lorsque tout le monde aspire à devenir fonctionnaire qu'il y a problème. Particulièrement aujourd'hui. Ce qui ne rend pas les marchands plus admirables, c'est une question de proportion (full disclosure : je suis fils de fonctionnaires et marié à une fonctionnaire. Je connais bien la fonction publique).