« Ce principe, seul capable
de neutraliser la tendance à la désagrégation, est le patriotisme. Les anciens
l’ont bien connu ; ils adoraient la patrie, et c’est un de leurs poètes
qui a dit qu’il était doux de mourir pour elle. Mais il y a loin de cet attachement
à la cité, groupement encore placé sous l’invocation du dieu qui l’assistera
dans les combats, au patriotisme qui est une vertu de paix autant que de
guerre, qui peut se teinter de mysticité mais qui ne mêle à sa religion aucun
calcul, qui couvre un grands pays et soulève une nation, qui aspire à lui ce
qu’il y a de meilleur dans les âmes, enfin qui s’est composé lentement,
pieusement, avec des souvenirs et des espérances, avec de la poésie et de
l’amour, avec un peu de toutes les beautés morales qui sont sous le ciel, comme
le miel avec les fleurs. Il fallait un sentiment aussi élevé, imitateur de
l’état mystique, pour avoir raison d’un sentiment aussi profond que l’égoïsme
de la tribu. »
Bergson
***
« Comment le patriotisme se justifie aux yeux de la raison et lui
apparaît non seulement une grande vertu mais la première.
Quand on envisage d’un point de
vue général et de haut les devoirs de l’homme, le patriotisme, en dépit de
toutes les grandes actions qu’il a fait faire, paraît une passion fausse et
étroite. C’est à l’humanité que sont dus les grands efforts que le patriotisme
suggère, et non à ce petit fragment du genre humain renfermé dans les limites
particulières qu’on nomme un peuple et une patrie ; et il semble au premier
abord que ces moralistes, surtout parmi les chrétiens, qui ont paru oublier le
devoir envers le pays pour ne penser qu’à l’humanité, le concitoyen pour le
prochain, il semble, dis-je, que ceux-là ont raison. C’est en effet en prenant
un détour qu’on arrive à trouver qu’ils ont tort.
L’homme, tel que Dieu l’a crée
(j’ignore pourquoi), s’attache d’autant moins fortement que l’objet de son
amour est plus vaste. Son cœur a besoin de particulariser et de limiter l’objet
de ses affections pour saisir celui-ci d’une étreinte ferme et durable. Il n’y
a qu’un très petit nombre de grandes âmes qui peuvent s’enflammer de l’amour de
l’espèce humaine. Le seul moyen que se soit laissé la Providence (l’homme étant
donné) de faire travailler chacun de nous au bien général de l’humanité, c’est
de partager celle-ci en un grand nombre de parties et de donner chacun de ces
fragments pour objet à l’amour de ceux qui le composent. Si chaque homme
remplissait en ceci son devoir (et dans ces limites le devoir n’est pas
au-dessus de ses forces naturelles, bien dirigées par la morale et la raison),
le bien général de l’humanité serait produit, quoique peu y tendissent
directement. Je suis convaincu qu’on sert mieux les intérêts de l’espèce
humaine en ne donnant à aimer à chaque homme qu’une partie particulière qu’en
voulant l’enflammer pour le genre humain, qu’il ne considèrera jamais quoi
qu’on fasse que d’une vue éloignée, incertaine et froide. »
Tocqueville
Montjoie ! Saint Denis !
RépondreSupprimerC'est un assez bon résumé.
SupprimerLa seule fois où on le droit d'être patriote, c'est lors d'un événement sportif et si en plus dans les dits coureur, attrapeurs de balles, de boules, de poids et kangourous divers, la représentation de la diversité est maximum, là le benêt b de spectateur se doit d'être patriote mais seulement dans ce cas, pour tout autre manifestation historique sur la gloire historique de ce pays, c'est VEBOTEN!
RépondreSupprimerOui, hélas. Mais vive la France quand même!
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