Pour Mat
Une récente discussion, au sujet des « racines », et donc du patriotisme, m’a
remis en mémoire ce passage de De la démocratie en Amérique. Evidemment, cet
extrait aurait besoin d’être replacé dans son contexte pour être compris dans
toutes ses nuances, mais ici c’est le grenier, pas le salon, donc l’interprétation
attendra une autre fois. Et puis, tel qu’il est là, ce passage me semble déjà
fort bien. Donc je vous le livre tel quel. Sans garniture, mais en vous
souhaitant bon appétit.
« Il existe un amour de la patrie qui a principalement
sa source dans ce sentiment irréfléchi, désintéressé et indéfinissable, qui lie
le cœur de l’homme aux lieux où l’homme a pris naissance. Cet amour instinctif
se confond avec le goût des coutumes anciennes, avec le respect des aïeux et la
mémoire du passé ; ceux qui l’éprouvent chérissent leur pays comme on aime
la maison paternelle. Ils aiment la tranquillité dont ils y jouissent ;
ils tiennent aux paisibles habitudes qu’ils y ont contractées ; ils
s’attachent aux souvenirs qu’elle leur présente, et trouvent même quelque
douceur à y vivre dans l’obéissance. Souvent cet amour de la patrie est encore
exalté par le zèle religieux, et alors on lui voit faire des prodiges. Lui-même
est une sorte de religion ; il ne raisonne point, il croit, il sent, il
agit. Des peuples se sont rencontrés qui ont, en quelque façon, personnifié la
patrie, et qui l’ont entrevue dans le prince. Ils ont donc transporté en lui
une partie des sentiments dont le patriotisme se compose ; ils se sont
enorgueillis de ses triomphes, et ont été fiers de sa puissance. Il fut un
temps, sous l’ancienne monarchie, où les Français éprouvaient une sorte de joie
en se sentant livrés sans recours à l’arbitraire du monarque, et disaient avec orgueil :
« Nous vivons sous le plus puissant roi du monde. »
Comme toutes les passions irréfléchies, cet amour du pays
pousse à de grands efforts passagers plutôt qu’à la continuité des efforts.
Après avoir sauvé l’Etat en temps de crise, il le laisse souvent dépérir au
sein de la paix.
Lorsque les peuples sont encore simples dans leurs mœurs et
fermes dans leurs croyances ; quand la société repose doucement sur un
ordre de choses ancien, dont la légitimité n’est point contestée, on voit
régner cet amour instinctif de la patrie.
Il en est un autre plus rationnel que celui-là ; moins
généreux, moins ardent peut-être, mais plus fécond et plus durable ;
celui-ci nait des lumières ; il se développe à l’aide des lois, il croît
avec l’exercice des droits et il finit, en quelque sorte, par se confondre avec
l’intérêt personnel. Un homme comprend l’influence qu’a le bien-être du pays
sur le sien propre ; il sait que la loi lui permet de contribuer à
produire ce bien-être, et il s’intéresse à la prospérité de son pays, d’abord
comme une chose qui lui est utile, et ensuite comme à son ouvrage. »
Beau texte, et fort intéressant. Merci.
RépondreSupprimerBelle définition du patriotisme mais de nos jours, cet amour n' a le droit de citer que lorsque des grands raouts sportifs et notamment pour le football car après on range le drapeau et on cache cet amour de la Patrie qui dans d'autres circonstance relève de la honte nationale, tout au moins pour la France.
RépondreSupprimerAh si, le patriotisme a encore son usage : lorsqu'il s'agit de vous enjoindre de payer des impôts ou pour vous faire honte de siffler notre bon président.
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