Le 25 Octobre 1415, jour de la
Saint Crépin - à peu de choses près, il y a donc tout juste 597 ans - eut lieu
la bataille d’Azincourt - sans doute une des plus fameuses défaites de la
chevalerie française, qui faillit bien donner les clefs du royaume de France au
roi d’Angleterre.
Que se serait-il passé si Henry
V, désigné héritier du trône de France au traité de Troyes (1420), n’était pas
mort juste deux mois, deux tout petits mois avant Charles VI ?
Jeanne d’Arc serait-elle resté
paisiblement le reste de son âge à filer sa quenouille ? L’histoire de
France se serait-elle arrêtée prématurément pour se confondre avec celle de l’Angleterre ?
Y aurions-nous perdu au change ? Bien des questions sans réponses...
Ce qui n’est pas sans réponse, en
revanche, c’est le pourquoi de cette défaite si française.
Voici comment Michelet décrit le
début de la bataille.
« Les Anglais, ayant encore
une nuit à eux, l’employèrent utilement à se préparer, à soigner l’âme et le
corps, autant qu’il se pouvait. D’abord ils roulèrent leurs bannières, de peur
de la pluie, mirent bas et plièrent les belles cottes d’armes qu’ils avaient
endossés pour combattre. Puis, afin de passer confortablement cette froide nuit
d’octobre, ils ouvrirent leurs malles et mirent sous eux de la paille qu’ils
envoyaient chercher aux villages voisins. Les hommes d’armes remettaient des
aiguillettes à leurs armures, les archers des cordes neuves aux arcs. Ils
avaient depuis plusieurs jours taillé, aiguisé les pieux qu’ils plantaient
ordinairement devant eux pour arrêter la gendarmerie. Tout en préparant la
victoire, ces braves gens songeaient à leur salut ; ils se mettaient en
règle du côté de Dieu et de la conscience. Ils se confessaient à la hâte, ceux
du moins que les prêtres pouvaient expédier. Tout cela se faisait sans bruit,
tout bas. Le roi avait ordonné le silence, sous peine, pour les gentlemen, de
perdre leur cheval, et pour les autres l’oreille droite.
Du côté des Français, c’était
autre chose. On s’occupait à faire des chevaliers. Partout de grands feux qui
montraient tout à l’ennemi ; un bruit confus de gens qui criaient,
s’appelaient, un vacarme de valets et de pages. Beaucoup de gentilshommes
passèrent la nuit dans leurs lourdes armures, à cheval ; sans doute pour
ne pas les salir dans la boue ; boue profonde, pluie froide ; ils
étaient morfondus. Encore, s’il y avait eu de la musique... Les chevaux même
étaient tristes ; pas un ne hennissait... A ce fâcheux augure, joignez les
souvenirs ; Azincourt n’est pas loin de Créci.
(...)
Les deux armées faisaient un
étrange contraste. Du côté des Français, trois escadrons énormes, comme trois
forêts de lances, qui, dans cette plaine étroite, se succédaient à la file et
s’étiraient en profondeur ; au front, le connétable, les princes, les ducs
d’Orléans, de Bar, d’Alençon, les comtes de Nevers, d’Eu, de Richemont, de
Vendôme, une foule de seigneurs, une iris éblouissante d’armures émaillées,
d’écussons, de bannières, les chevaux bizarrement déguisés dans l’acier et dans
l’or. Les Français avaient aussi des archers, des gens des communes ; mais
où les mettre ? Les places étaient comptées, personne n’eut donné la
sienne ; ces gens auraient fait tache en si noble assemblée. Il y avait
des canons, mais il ne parait pas qu’on s’en soit servi ; probablement il
n’y eut pas non plus de place pour eux.
L’armée anglaise n’était pas
belle. Les archers n’avaient pas d’armure, souvent pas de souliers ; ils
étaient pauvrement coiffés de cuir bouilli, d’osier même avec une croisure de
fer ; les cognées et les haches, pendues à leur ceinture, leur donnaient
un air de charpentiers. Plusieurs de ces bons ouvriers avaient baissé leurs
chausses, pour être à l’aise et bien travailler, pour bander l’arc d’abord,
puis pour manier la hache, quand ils pourraient sortir de leur enceinte de
pieux, et charpenter ces masses immobiles.
Un fait bizarre, incroyable, et
pourtant certain, c’est qu’en effet l’armée française ne put bouger, ni pour
combattre, ni pour fuir. L’arrière-garde seule s’échappa.
Au moment décisif, lorsque le
vieux Thomas de Herpinghem, ayant rangé l’armée anglaise, jeta son bâton en
l’air en disant « Now strike ! », lorsque les Anglais eurent
répondu par un formidable cri de dix milles hommes, l’armée française resta
encore immobile à leur grand étonnement. Chevaux et chevaliers, tous parurent
enchantés, ou morts dans leurs armures. Dans la réalité, c’est que ces grands
chevaux de combat, sous la charge de leur pesant cavalier, de leur vaste
caparaçon de fer, s’étaient profondément enfoncés des quatre pieds dans les
terres fortes ; ils y étaient parfaitement établis, et ils ne s’en
dépêtrèrent que pour avancer quelque peu au pas.
Tel est l’aveu des historiens du
parti anglais, aveu modeste qui fait honneur à leur probité.
Lefebvre, Jean de Vaurin et
Walsingham disent expressément que le champ n’était qu’une boue visqueuse.
« La place estoit molle et effondrée des chevaux, en telle manière que à
grant peine se pouvoient ravoir hors de la terre, tant elle estoit
molle. »
« D’autre part, dit encore
Lefebvre, les François estoient si chargés de harnois qu’ils ne pouvoient aller
avant. Premièrement, estoient chargés de cottes d’acier, longues, passants les
genoux et moult pesantes ; et pardessous harnois de jambes, et pardessus
blancs harnois, et de plus bachinets de caruail... Ils étoient si pressés l’un
de l’autre, qu’ils ne pouvaient lever leurs bras pour férir les ennemis, sinon
qui estoient au front. »
Un autre historien du parti
anglais nous apprend que les Français étaient rangés sur une profondeur de
trente-deux hommes, tandis que les Anglais n’avaient que quatre rangs. Cette
profondeur énorme des Français ne leur servait à rien ; leurs trente-deux
rangs étaient tous, ou presque tous, de cavaliers ; la plupart, loin de
pouvoir agir, ne voyaient même pas l’action ; les Anglais agirent tous.
Des cinquante mille Français, deux ou trois mille seulement purent combattre
les onze mille Anglais, ou du moins l’auraient pu, si leurs chevaux s’étaient
tirés de la boue. »
Au moins cette élite-là (la française) paya chèrement ses erreurs.
RépondreSupprimerDans le massacre à venir, ça m'étonnerait qu'on trouvent notre élite en première ligne...
A moins qu'on ne les oblige à marcher en tête...
SupprimerLes histoires de batailles, c'est comme les journaux de voitures ou les émissions de sport...j'évite en général ces "trucs pour garçons".
RépondreSupprimerDonc, voilà encore quelque chose que je n'aurais pas lu si ça n'avait pas été signé Aristide !
Et ça m'a plu !!! :)
C'est gentil Dixie, mais ce n'est pas signé Aristide, c'est signé Michelet. Et il écrit quand même pas mal.
SupprimerMais je n'y serais pas allée, sur le blog de Michelet^^
SupprimerA tort certes. ;)
"Les histoires de batailles, c'est comme les journaux de voitures ou les émissions de sport...j'évite en général ces "trucs pour garçons"."
SupprimerEt moi qui ne parle que de ça ! Cruelle, vous me brisez le coeur !
La charge de cavalerie est une traditions française qui nous a coûté bien des défaites la dernière en date, la bataille d' Abbeville ou De Gaulle s'illustra de la plus mauvaise des façons.
RépondreSupprimerA Azincourt, on peut ajouter Crécy,Courtrai la bataille des éperons d'or, la chevalerie française a toujours été pour la beauté du geste, tel le mot de François 1er "Tout est perdu,for l'honneur", même à Marignan c se furent plutôt les estradiots (cavaliers légers) originaires de Grèce ou d'Albanie qui contribuèrent à la victoire même si les gendarmes français( ce n'était pas les ancêtres de notre gendarmerie mais une cavalerie très lourde) taillèrent des sillons sanglants dans les l'infanterie suisse après un intense bombardement de l’artillerie de campagne française, une des plus efficace à cette époque.
Azincourt fut une défaite de plus dut au fait que les chevaliers français considéraient les batailles comme de grands tournois pour y prouver leur bravoure.
L' héritage des chansons de geste mais pour cela il faudrait l'avis de Mat.
"Tout est perdu,for l'honneur"
RépondreSupprimerJustement, on pourrait ajouter Pavie à cette liste. Une bataille gagnée jusqu'à ce que François 1er, le roi chevalier, décide de charger à la tête de sa cavalerie.
Et effectivement, Azincourt est la défaite d'une armée féodale, indisciplinée, dont les membres cherchent avant tout à se distinguer.
Charles VII saura en tirer les leçons mais il est frappant de voir à quel point l'amour du panache nous aura coûté cher dans notre histoire.