Le marquis Astolphe de Custine a
été presque toute sa vie un intime de Chateaubriand. Sa mère, Delphine de
Custine née Sabran, avait en effet figuré au tableau de chasse du ténébreux
François-René, parmi tant d’autres beautés plus ou moins célèbres. La liaison
de Chateaubriand et de la mère de Custine avait été assez brève - de 1803 à
1806 - et sans doute modérément satisfaisante pour cette dernière, puisque leur
correspondance a pu faire dire à l’un de ses éditeurs (Chédieu de Robethon, Chateaubriand et madame de Custine) que
l’on pouvait se demander s’il arrivait à Chateaubriand de lire les lettres
auxquelles il répondait. Mais, sans plus être amants, Chateaubriand et Delphine
de Custine étaient restés en bons termes, de sorte le fils de Delphine est
demeuré en relation toute sa vie aussi bien avec Chateaubriand qu’avec Madame
Récamier.
La vieillesse est un naufrage,
nul ne l’ignore, mais c’est un naufrage plus ou moins pathétique selon,
notamment, le degré d’équanimité avec lequel le naufragé accepte son naufrage.
Il est bien dur de vieillir, sans doute, lorsque l’on a tant séduit, que l’on a
tant été adulé, et que l’on a tant aimé l’être. Le perfide Talleyrand disait à
ce propos : « Monsieur de Chateaubriand croit qu'il devient sourd car
il n'entend plus parler de lui ».
Assistant à ce naufrage, Custine
écrivait en 1842 dans une lettre à l’un de ses amis :
« Quelle vieillesse
animée !! Que d’intérêt il trouve à tout ! - et quel contraste sa
manière de mourir n’offre-t-elle pas avec celle de M. de Chateaubriand.
Celui-ci dans son sublime égoïsme prend la vieillesse pour une injustice, il
semble que le bon Dieu lui devait une exception ; les jambes lui manquent,
la goutte le travaille, sa mémoire même lui fait défaut par moments : tout
cela est triste, mais ce qui est déplorable, c’est qu’il emploie la force qui
lui reste à se désespérer de celle qu’il a perdue. Il empoisonne la vie de sa
fidèle amie, Mme Récamier, qui s’épuise à imaginer des distractions
insuffisantes, car on ne distrait pas la décrépitude toute précoce qu’est
celle-ci. M. de Chateaubriand n’a pas soixante-quinze ans accomplis ; et
tout lui manque, mais surtout il se manque à lui-même. Tous les soirs il fait à
cette pauvre femme ses derniers adieux, se servant de l’éloquence qui lui reste
pour aggraver les coups qu’il porte. On la trouve pleurant comme une jeune
personne : elle se dessèche, se désole, et ni elle ni leurs amis ne
peuvent rien contre ce vieux enfant gâté. M. Briffaut, l’académicien, lui
disait l’autre jour dans une boutade provoquée par ce pénible spectacle d’une
raison abdiquée volontairement : « vous êtes un génie, mais vous
n’êtes pas un homme ! » La morale de cela, c’est que ce ne sont pas
les faculté sublimes qui aident l’homme à vieillir tranquillement. »
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